mardi 17 mai 2022

Meurtre d'une journaliste pour l'exemple

Il y a quelques semaines, Tribune Juive publiait un de mes articles sur la Tunisie sans mon consentement. Habitué au piratage, je protestais mollement, André Mamou son rédacteur en chef s’excusait pareillement. 

J’écris pour être lu. Alors, la reproduction de mes élucubrations sans permission ne me choque plus vraiment. Chacun voit midi à sa porte. Ma signature est galvaudée dans des publications de gauche ou de droite, extrêmes ou modérées, en France et quelques fois à l’étranger. Comme je n’ai jamais publié mon cv ni mes confidences de canapé, certains se méprennent sur mes opinions, ils pensent que je suis des leurs. J’en ris ou j’en grogne mais au fond j’en suis flatté. Mon indépendance est le luxe ultime d’un retraité au passé discret qui rédige des articles comme d’autres font des mots-croisés. Pour autant et qu’on se le dise, contrairement à Palestine Solidarité, Tribune Juive n’est carrément pas ma tasse de thé. 


Shireen Abu Akleh et Adnan Khashoggi sont les deux faces de la même médaille: celle des martyrs du journalisme victimes du terrorisme d’État. On se souvient des conditions atroces dans lesquelles Adnan a été trucidé. Le choc avait été amplifié par le déni des autorités saoudiennes. L’infox de la monarchie wahhabite avait répandu des mensonges à grande échelle. Complaisamment d’aucuns l’avaient relayée pour semer le doute. Après tout il était possible que cette équarrissage fut l’effet d’une succession de hasards et que l’incontrôlable scie sauteuse des diplomates eût été manipulée par  des services de renseignements malintentionnés, voire par des esprits malins ! Nonobstant les accusations de la CIA, le Prince que l’on sait bon et humain car il achète des armes et des consciences, n’avait pu en être l’instigateur voyons ! Il n’empêche, l’opinion mondiale unanime avait finalement été choquée par tant de duplicité et seuls quelques opportunistes avaient trouvé là le moyen de multiplier le prix de leur servilité. Pourtant, le Prince le plus riche et le plus sanglant de la terre a gagné la réputation qu’il ambitionnait car nul ne veut plus l’approcher ni même évoquer son nom par crainte de finir écorché. Mieux, sa méthode a fait école jusqu’en Russie !


L’assassinat prémédité de Shireen est pareillement abject car non seulement il ôte la vie d’une journaliste dans l’exercice de son métier, mais il s’accompagne d’une mise en scène qui vise à semer la peur et décourager tout reportage dans les terres colonisés. Chaque correspondant de guerre sait qu’il est désormais en ligne de mire. C’est le signe de la dérive arrogante du pouvoir  de Tel Aviv, jamais rabattu par ses amis étrangers qui complaisamment esquivent et regardent ailleurs, confortant ainsi son sentiment d’impunité. 

Triste destinée de ces deux journalistes serviteurs de la vérité; tués, profanés et enfin insultés par les mensonges de leurs assassins qui ont cyniquement tenté de travestir les circonstances de leur tuerie.


Shireen Abu Akleh, palestinienne de nationalité américaine, correspondante d’Al Jazeera est visée le 11 mai 2022 alors qu’elle couvre avec des confrères une manifestation de rue à Jénine en Cisjordanie. La balle lui transperce le cou juste au dessus de son gilet de protection sur lequel est inscrit en grandes lettres blanches « PRESS ». Elle est tuée sur le coup. Son coéquipier Ali Samudi reçoit un projectile dans le dos. 

Immédiatement la propagande de l’état hébreu est mobilisée. Le domicile de la victime est perquisitionné. Aucune arme, aucune roulette russe n’y est découverte, ce qui aurait pourtant fait l’affaire des enquêteurs. Les réseaux sociaux aux ordres  répandent l’hypothèse invraisemblable du tireur complice. Meurtre par auto commanditation, c'est un palestinien qui aurait tué pour provoquer un cycle de violence incriminant l’innocente armée israélienne. Ben voyons ! Plus la ficelle est grosse plus grande est la quantité de naïfs qui s’y accrochent. 

Il y a 22 ans, sous les yeux de Charles Enderlin qui filme pour antenne 2, un gamin de 12 ans était assassiné dans les bras de son père par un soldat israélien. Niant l’évidence des images et pour dégager la responsabilité de son armée, Israël avait tenté de faire croire que l’assassin était palestinien. 

Aujourd’hui, un porte parole galonné admet dans une subliminale confession-lapsus que « la journaliste (Shireen) était armée d’une caméra ». Cette provocation, cette menace « armée » méritait bien une balle  ! Le Lt-colonel Amnon Shefler cancane devant la presse que les soldats israéliens « ne cibleraient jamais délibérément des non-combattants » Calomnie qui est une insulte supplémentaire à la mémoire de milliers de familles palestiniennes endeuillées. Le Premier ministre Naftali Bennett en rajoute une couche en déclarant qu'il y avait « une chance considérable que des Palestiniens armés, qui ont tiré sauvagement, soient ceux qui ont causé la mort malheureuse de la journaliste » .


Parmi les premières dépêches, un flash info fait preuve d’une extrême circonspection: «  Des gilets, clairement identifiés, ont été ciblés par des snipers israéliens » Décryptage: « Des gilets » dans lesquels il y avait peut-être des êtres humains ; « clairement identifiés » peut-être des journalistes; « ont été ciblés » cibler n’est pas tirer; « par des snipers israéliens » pas forcément des militaires. C’est d’une prudence de sioux, déjà la crainte inspire le choix des mots. Ça fait froid dans le dos. Heureusement Anthony Bellanger, secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes qui rassemble 600 000 professionnels des médias a vite cassé cette langue de bois et dissipé le flou de ses confrères en déclarant: « C’est un drame. Une consœur a été assassinée délibérément par l’armée israélienne ! » Au sein des instances de la FIJ on évoque même un crime de guerre.


Le 13 mai, jour de l’enterrement de Shireen, le cercueil porté par la famille et les amis quitte la morgue de l’hôpital Saint-Joseph à Jérusalem-Est. Des centaines et des milliers veulent l’accompagner. La police s’y oppose. Elle exige un transport en fourgon. À coups de matraques elle tente de s’approprier la dépouille mortuaire. Cette scène, - très justement qualifiée d’obscène par Alain Gresh -  est diffusée par toutes les chaines d’infos du monde. L’indignation est unanime. Aussitôt, la propagande israélienne redouble d’efforts, elle répand de nouvelles sornettes pour tenter de justifier l’injustifiable. Voici l’argumentaire de la police israélienne complaisamment propagé par les médias de Tel Aviv en France.


« La Police Israélienne est intervenue pour disperser la foule et l’empêcher de s’emparer du cercueil, afin que les funérailles puissent se dérouler comme prévu, en accord avec les souhaits de la famille… » Faux, tous les membres de la famille Abu Akleh ont au cours d'une conférence de presse formellement contesté cette affirmation. « La presse internationale s’est bornée à relayer le narratif palestinien, lancé par des journalistes palestiniens installés à Gaza et d’autres sources au professionnalisme contestable… » Éternel refrain de la presse manipulée. Le but est d’instiller le doute. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. « Il n’y a pas d’autre explication à l’aveuglement volontaire de la presse internationale qu’un antisémitisme manipulateur et pervers… »  C’est l’argument massue suprême de l’amalgame. Israël use et abuse de la religion d’État et s’en sert comme bouclier pour écarter toutes critiques. Dénoncer la violence colonialiste de l’État hébreux est systématiquement perçu comme un crime attentatoire au peuple juif.


Cette lamentable rhétorique est reproduite dans un article publié le 15 mai par Tribune Juive, un web magazine dont je ne vous conseille pas la lecture.






https://orientxxi.info/magazine/obscenites-israeliennes-complicites-occidentales-et-arabes,5610

https://www.jpost.com/arab-israeli-conflict/article-706862


dimanche 17 avril 2022

Les perdants diront: c’est la faute des musulmans !

Le vote des bi-nationaux franco maghrébins peut faire basculer le scrutin du 24 avril. Pour séduire cet électorat, Macron réitère sa technique d'aguichage diplomatique subtile qui avait contribué à son succès en 2017.

Le premier tour des élections présidentielles a dessiné un nouveau paysage politique de la France secouée par plusieurs séismes dont le plus important n’est peut-être pas celui qu’on croit. Le parti socialiste est réduit à la taille d’un groupuscule d’appoint. Les écologistes et les communistes sont confinés dans leur marginalité. Le parti des gaullistes trahi de toutes parts est menacé de ruine. La droite extrême triomphe, elle est contenue de justesse par l’ambigu président sortant. Le duel du second tour sera arbitré par la gauche populaire insoumise qui a réussi à agréger les oppositions de la France des oubliés. L’issue est incertain car le leader de l’opposition Jean Luc Mélenchon qui ne s’estime pas propriétaire des 7,7 millions de voix portées sur son nom n’a pas donné de consigne : « les Français sont capables de décider ce qu’il est bon de faire…MAIS Je répète, il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen » 


« La légende » du vote musulman 

Dans l’état major d’Emmanuel Macron, après avoir scruté à la loupe les résultats des bureaux de votes on s’est vite rendu compte que les électeurs de Mélenchon étaient les oubliés du quinquennat, les prolétaires, les sans dents pour reprendre l’expression hideuse de Hollande. Rien de surprenant pour les sociologues habitués à manier le concept de  fonction tribunitienne   pour caractériser le parti de La France insoumise, mais très édifiant lorsque le rapprochement des données met en évidence une corrélation entre ce peuple de gauche et le teint de sa peau.

Aux Antilles et à la Réunion, Mélenchon est arrivé en tête, dépassant même la majorité absolue dans quelques circonscriptions. Les Français d’Afrique ont voté dans le même sens.  En Métropole, les « remplaçants » redoutés par Zemmour/Le Pen ont massivement voté insoumis. Un sondage IFOP-La Croix est venu affirmer que 69% des musulmans avaient plébiscité Mélenchon. 


Dès lors, Macron s’est lancé dans une opération de charme pour câliner cette catégorie de citoyens. En direct et de façon « improvisée » il a échangé avec une femme voilée, d’autres initiatives sont en attente de décision mais il n’est pas facile de plaire aux uns sans déplaire aux autres. Dans la discrétion, l’Élysée a déployé une diplomatie parallèle qui laisse supposer que la Françafrique surtout celle du Nord, conserveraient une influence déterminante sur une partie de l’électorat français. 


Déjà, en 2002 des « études » sous le manteau révélaient que Jospin avait perdu car Alger le voulait bien. En 2012 les politologues avaient constaté que les circonscriptions à forte communauté musulmane avaient massivement voté Hollande. 

Dans sa dernière enquête,  « L’Emprise ou La France sous influence » (Seuil Mars 2021) le journaliste Marc Endeweld décrypte magistralement l’équipée du candidat Macron à Alger en 2017 avec le célèbre Benalla et quelques autres conseillers de l’ombre. 


La double allégeance civile et religieuse « des petits remplaçants »

La presque totalité des Français musulmans sont des binationaux par  le droit du pays de leurs ancêtres. Civilement, le pays d’origine ne s’efface pas. Pour les gouvernants des deux rives, cette population de « bi » est celle des « ni-ni »: pas totalement émancipés, pas totalement nationaux.  Alger, Rabat et Tunis continuent d’exercer une influence plus ou moins autoritaire sur le devenir de leurs « émigrés-binationaux ». Les hommes politiques français ont pour leur part tendance à considérer ces bi-citoyens comme des « citoyens consulaires », à maturité réduite qu’il est bien pratique d’aller manipuler avec le concours des chancelleries étrangères.


Cette dépendance « civile » s'additionne à celle du religieux.


Certes, depuis des décades, l'État tente laborieusement de susciter l’émergence d’un « clergé »  musulman de France indépendant. Cette tache est du ressort du ministère de l’Intérieur, ministère des cultes dont l’obsession prioritaire est ailleurs. « Aux dernières élections municipales, dans deux villes au moins de l’agglomération parisienne, le pouvoir a été près de basculer aux mains de listes communautaires. » alerte en frissonnant le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin dans son livre « Le séparatisme islamiste » publié aux Éditions l’Observatoire. Dans tous les pays, les imams sont fonctionnaires. Sauf en France. Loi 1905 oblige. Mais cela n’empêche pas l’État français de s’ingérer par le truchement d'une politique de coopération post coloniale.


Il existe officiellement en France 2 500 mosquées où officient en permanence 1 200 imams. 80% d’entres eux ne sont pas de nationalité française. 300 sont payés par un gouvernement étranger: principalement Algérie, Maroc, Turquie, 300 prieurs supplémentaires sont appelés « en renfort »  pendant le mois de ramadan. Un rapport du Sénat pointe que la plupart de ces religieux à la formation  incontrôlée, ne maitrisent pas la langue française. Depuis les années 80, tous les efforts d’émancipation de cette communauté religieuse dont la présence remonte à l’an 619 et qui est aujourd’hui estimée à plus de huit millions, ont été sabotés par la volonté abusive partagée des gouvernants des deux rives pour exercer leur diplomatie d’influence et globaliser l’aspect sécuritaire de leur vision de l’islam.


Diplomatie électorale et ingérence de l’État

Dans les mosquées de France très fréquentées en ce mois de ramadan, quel mot d’ordre est propagé? Si une ribambelle d’informateurs, d’analystes et de sondeurs écoutent aux portes des salles de prières de Sarcelle, Trappes, Drancy ou Nanterre…ce n’est pas seulement pour débusquer les influenceurs de Syrie, d’Arabie ou de Tchéchénie mais surtout pour entendre des propos électoraux bien inspirés du Maghreb ou de Turquie.


Le mois dernier Gilles Kepel, sociologue doublement réputé pour son savoir et sa proximité avec Emmanuel Macron a été reçu à Ankara par un collaborateur d’Erdogan. Au cours de cet échange, la situation de la communauté turque et musulmane vivant en France, la montée de l'Islamophobie et de la xénophobie en Europe… » ont été  discutées précise le communiqué.

Il ya quelques jours l’envoyé très spécial du Président français a été reçu à Tunis par le Président tunisien qui lui a d’emblée déclaré « Nous avons dépassé le 19ème siècle, l’ère de Jules Ferry est révolue …»


Nul ne s’est déplacé à Rabat. Il faut dire qu’entre le roi et le Président français, la lune de miel amorcée au lendemain de son élection en 2017 a été de courte durée. Malgré l’affaire Pégasus les relations en matière sécuritaire restent étroites mais les échanges politiques sont désormais rares. Personne n’imagine par ailleurs que Sa Majesté puisse se mêler d’affaires républicaines. La diplomatie marocaine est plus subtile. 


À Alger, le ministre Le Drian a effectué le 13 avril une visite surprise pour rencontrer le Président algérien. Dans le même temps, le très apprécié Gérard Larcher a appelé son homologue au téléphone. Coïncidence fortuite, dès le 15 avril le recteur franco-algérien de la Grande mosquée de Paris lançait cet appel solennel «  Halte aux tergiversations. Halte à la désinformation. Votons Emmanuel Macron ! » Ingérence, influence, pression…Toutes les suspicions sont ouvertes.


Les Français de confession musulmane ne sont pas des moutons : « Le temps de “l’amicale” est fini. Celui de la Fédération de France du temps du vieux FLN est finie. Celui de la mosquée de Paris comme instrument de lobbying décisif, est fini » (C’est Kamel Daoud qui s’exprime dans un dernier article du dernier numéro de Liberté le quotidien francophone le plus talentueux et le plus libre d’Algérie qui vient de disparaitre car en Algérie, Liberté était trop libre).

Kamel Daoud demande à ses frères binationaux « de peser, de voter, d’agir et dépasser l’abstention communautaire » Sera-t-il écouté ? La question identitaire est secondaire par rapport à l’aggravation de la pauvreté et au manque d’espérance. Hormis quelques révoltés qui pensent n’avoir plus rien à perdre, ils voteront librement, à contre-coeur pour le Président sortant, ou blanc. Et au soir du scrutin, qu’importe les résultats, les perdants diront: c’est la faute des musulmans !



https://blogs.mediapart.fr/hedy-belhassine/blog/220317/la-methode-macron-pour-capter-le-vote-musulman

https://www.lecourrierdelatlas.com/gilles-kepel-sechement-accueilli-a-carthage/

https://www.liberte-algerie.com/actualite/voter-en-france-esperer-en-algerie-relire-un-jour-liberte-376469


mardi 5 avril 2022

Perdre la vie, sauver l'honneur en Crimée

Contre la promesse de ne pas parler de l'Ukraine, j'ai accepté ce rendrez-vous avec un jeune journaliste au talent prometteur. À peine installé à la terrasse ensoleillée du Malakoff place du Trocadéro je reçois un message «  15 minutes de retard, désolé  ».  Je réponds «  pas grave  » en admirant du coin de l'oeil l'élégance de ma voisine de droite et l'alignement des monuments qui me font face.  Au premier plan s’élève la statue du héros de la première guerre mondiale  : Foch le maréchal de France, du Royaume-Uni et de Pologne   surplombe du haut de son cheval la perspective du Champs-de-Mars où se dresse la formidable tour Eiffel. Tout au fond, derrière l’École Militaire, encadré par deux nuages blancs, brille le dôme du tombeau de Napoléon. Au second plan, entre les musées de la marine et du patrimoine, les touristes s’agglutinent sur le parapet de l'esplanade des droits de l'Homme. 


En feuilletant mon smartphone j'apprends que la place du Trocadéro porte le nom d'un insignifiant fait d'armes très justement oublié. En 1823 un corps expéditionnaire français de cent mille hommes s'en alla restaurer l'autorité du roi d'Espagne. Il remporta une victoire sur une garnison de 1 700 révolutionnaires libéraux retranchés dans un fort de la baie de Cadix qui hissa le drapeau blanc au premier coup de feu.


Mais d'où vient le nom de ce luxueux estaminet où je sirote ce café de prolétaire  ? Malakoff est aussi le nom d'une banlieue parisienne. Du bout du doigt j’interroge la bibliothèque numérique universelle Wikipédia. 

Malakoff (en Russe Малахов) est un mamelon qui domine Sebastopol (en Ukrainien Sevastopol).  Malakoff fut le lieu de l'ultime bataille de la guerre de Crimée qui opposa d'octobre1853 à mars 1856 les armées du Tsar de Russie à une coalition Franco-anglo-ottomane-sarde rassemblée par Napoléon III. Pourquoi  cette guerre ? Nul ne le sait plus. Mais tout autant que les velléités impériales, et comme le seront plus tard celles d'Alsace-Lorraine, la potasse et l'acier de Crimée étaient déjà au centre des convoitises de l'époque. «  La décision d'attaquer la Crimée fut prise sans véritable préparation. Les commandants alliés ne disposaient d'aucune carte de la péninsule et ignoraient l'importance des défenses russes  » rapporte un historien. Cette aventure militaire fut une tuerie de masse aggravée par les épidémies. 450 000 morts du côté russe, environ 240 000 du coté de l'alliance (120 000 turcs, 98 000 français, 22 000 britanniques, 2 300 sardes). 


L'armée ottomane placée sous les commandements d'Omer Pacha et Selim Pacha est un ensemble hétéroclite de populations mobilisées aux quatre coins de l'empire  : 50 000 cavaliers d'Égypte, 30 000 fantassins de Syrie et du Kurdistan, 15 000 d'Albanie, 12 000 de Tunisie. Tous ces pays étant à l'époque des colonies de l'Empire turc.

L'armée française aguerrie par trois années de campagnes de conquête en Algérie a aussi ses troupes supplétives puisées dans le viviers des colonies  : l'armée d'orient.     


Le 8 septembre 1855, à midi, 7 régiments de tirailleurs dont trois de zouaves algériens soit plus de 30 000 hommes  jaillissent des tranchées et montent à l'assaut de la citadelle de Malakoff aux cris de «  vive l'empereur  !  » 10 000 fantassins britanniques les suivent, les turcs et les sardes sont en réserve.  Tambours et trompettes sonnent la charge, les généraux sabre au clair s'élancent hors des tranchées. Cinq d'entre eux sont mortellement fauchés. Le premier assaut laisse 7 500 hommes sur le carreau. Sous la mitraille russe il faut franchir six mètres de fossé puis six mètres de parapet à découvert. Les soldats escaladent à mains nues se poussant les uns les autres. On se bat au corps à corps à la hache et la baïonnette sur des monceaux de cadavres. Dans son récit de la guerre de Crimée, le Capitaine jeune écrivain Léon Tolstoï  témoigne:  Quand ils sont tombés sur nous en criant «  Allah ! Allah !  » ils se poussaient les uns les autres. On tuait les premiers, et d’autres grimpaient derrière. Rien à faire, il y en avait ! il y en avait ! 


Le général Bosquet harangue ses soldats en français et en arabe, il est grièvement blessé et gagne ses sept étoiles de Maréchal.

Un autre général, Patrice de Mac Mahon arrivé au sommet du mamelon lance quatre mots à la petite histoire  : «  j'y suis, j'y reste  ». Il sera fait sénateur, Maréchal de France, duc, gouverneur de l'Algérie. Quelques années plus tard, avec la même hargne qu'à Sebastopol, il réprimera la commune de Paris puis  sera élu par la chambre des députés à majorité monarchiste, Président de la République Française en 1873.

Youssuf un autre général français de son vrai nom Joseph Vantini commande les régiments d'Algériens et une troupe hétéroclite de mercenaires surnommés les bachibouzouks.  Son destin est hors du commun. Enlevé par les barbaresques à l'âge de 3 ans, vendu comme esclave au Bey de Tunis qui l'éduquera et en fera un officier de sa cour, le Corse menacé de mort après avoir séduit la fille de son maître s'enfuira grâce à la complicité du consul français Jules (frère de Ferdinand) de Lesseps. Youssuf cavalier sabreur hors pair, redouté de ses ennemis et adulé par ses hommes, sera à l'origine de la création des régiments de spahis. 


Au soir de ce 8 septembre, les survivants russes se rendent. Leurs officiers tous aristocrates sont bien traités d'autant qu'ils parlent le français tout comme les janissaires du Sultan de Constantinople. Les témoins rapportent la différence entre le commandement et les hommes de troupes. Les soldats russes «  mal-nourris et habillés de haillons étaient les êtres les plus misérables de l'humanité  » les britanniques étaient mal traités «  en Angleterre, un soldat n'est rien de plus qu'un  serf  ».

Au total 22 000 hommes furent trucidés pendant qu'à Paris en ce même jour ensoleillé, l'Exposition Universelle des arts et de l'industrie accueillait sur les Champs-Élysées le même nombre de visiteurs enchantés. 

Dans son ordre du jour du 9 septembre 1855 le Général en chef Pélissier prémonitoire devant l'Histoire, constate «  Sébastopol est tombé, la prise de Malakoff en a déterminé la chute...le boulevard de la puissance Russe en Mer noire n'existe plus  »



https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Trocad%C3%A9ro

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Malakoff

https://fr.wikisource.org/wiki/L%C3%A9on_Tolsto%C3%AF,_vie_et_%C5%93uvre/Partie_3/Chapitre_2

https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrice_de_Mac_Mahon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Vantini