samedi 11 novembre 2017

Arabie Saoudite la théorie du complot

Inlassablement, depuis sept ans, l'auteur de ces lignes dénonce l'obscurantisme du royaume d'Arabie. Mais il faut reconnaître que depuis la confiscation de tous les pouvoirs par Mohamed ben Salman, une petite lumière ne cesse de grandir au point d'éclairer aujourd'hui d'un jour nouveau le destin de la péninsule arabe. Par l'argent, la guerre et la terreur, le Prince héritier conduit une révolution à marche forcée dont l'un des objectifs proclamés est de rompre avec l'idéologie salafiste : « ... nous n'allons pas gâcher nos 30 prochaines années à partager des idées destructrices...nous voulons revenir à un islam modéré ouvert à toutes les religions...nous voulons vivre une vie normal » Discours du 24 octobre 2017.
Applaudissons ces belles paroles, - même si elles sont fortement inspirées par Donald Trump - car elles annoncent peut-être le déclin du wahhabisme.
Jusqu'à samedi dernier, l'ambition du jeune Prince de dominer le monde musulman n'était pas prise au sérieux. C'est chose faite. Le dernier épisode de l'épopée bonapartienne de Mohamed Ben Salman  façon 18 Brumaire s'est déroulée selon la règle des trois unités «  qu'en un lieu en un jour, un seul fait accompli tienne le théâtre rempli ». En attendant de décrypter et d'analyser les tenants de ce qui s'est réellement passé ce 4 novembre 2017 en Arabie Saoudite, il faut se contenter de décrire le spectacle de l'enchainement des faits.

Acte I
Le Premier ministre du Liban Saad Hariri, en voyage à Riyad, apparaît à la télévision saoudienne. Il est blême. Comme un ventriloque, il lit du bout des lèvres une déclaration alambiquée dans laquelle il annonce sa démission au motif qu'il craint pour sa vie. C'est une première dans les annales de la diplomatie internationale ! Jamais le dirigeant d'une démocratie souveraine, n'avait annoncé depuis l'étranger qu'il abandonnait le pouvoir dans son pays ! Les libanais humiliés se frottent les yeux. C'est une prise d'otage !
Changement de décor
Dans la soirée, un missile balistique contré par la défense saoudienne déclenche une terrifiante féerie dans la banlieue de Riyad. Des débris pleuvent sur le parking de l'aéroport international. Les habitants de la capitale qui se croyaient hors d'atteinte de toute riposte du voisin affamé et méthodiquement bombardé depuis mars 2015, sont sidérés. La population est inquiète, chacun se demande si « la démission » d'Hariri et l'attaque du Yémen ne sont pas les signes avant coureur d'une guerre générale. Ceux qui en ont les moyens songent à prendre la poudre d'escampette. La panique gagne la jet set quand elle apprend que l'aéroport privé est fermé et qu'aucun avion d'affaire n'est autorisé à décoller.
Acte II
La nuit était avancée lorsque le Palais publia quatre décrets qui firent l'effet d'autant de bombes : le Prince Miteb, fils de l'ancien roi Abdallah, ministre de la puissante Garde Nationale était limogé. Le ministre de l'économie aussi. Le Chef d'Etat Major de la marine pareillement. Enfin, le Prince héritier Ben Salman s'attribuait la charge de présider un comité « de salut public » doté de tous pouvoirs pour lutter contre la corruption.
Acte III
Après un court entracte, on apprenait l'incarcération au Ritz-Carlton (transformé en Bastille) des principaux magnats du patronat saoudien : Prince al Waleed, Cheikh Saleh Kamel, Mohamed Al Amoudi, Bakr Ben Laden... une dizaine d'Altesses Royale, une trentaine d'hommes d'affaires de premier plan et des centaines de moindre rang.

Un complot déjoué
Les places boursières dégringolent et le cour du baril prend de la hauteur. Sur les réseaux sociaux, l'opinion est partagée entre inquiétude et jubilation. Les interpellés sont accusés de prévarication. Mais en Arabie Saoudite où la corruption est une seconde religion, cette incrimination est une fable qui ne trompe personne. Il s'agit assurément d'un complot déjoué de magistrale façon. Les conjurateurs avaient-ils formé quelques projets concrets ? Nul ne le sait. Peut-être ont-ils été seulement trahis par leurs mauvaises pensées ; ce qui suffirait à les sabrer. Tous étaient des sujets discrets. Ils n'applaudissaient que du bout des doigts. Ils montraient de de la mauvaise volonté à adhérer aux programmes royaux « vision 2030 » et « Neom »  ; ils n'étaient pas partisans de la guerre sans fin avec le Yémen, ni de la tension sans issue avec le Qatar et l'Iran ; enfin, ils affichaient une sincère et égale antipathie pour Trump et Netanyahu. Gonflés de la puissance de leur fortune, ils n'ont pas perçu la menace. Ils se sentaient à l'abri de toute violence. Ainsi, le Prince Miteb, dont la famille commandait depuis trois générations l'armée de l'élite bédouine, se croyait protégé par les guerriers de sa tribu encadrés par les experts de la société militaire américaine privée Vinnell. Tout comme le Prince Waleed ben Talal et ses richissimes acolytes qui entretenaient à grand frais une légion d'informateurs et de gardes du corps. Comment ont-ils pu être surpris dans leur bunker sécurisé et interpellés sans coup férir ?
Cette opération qui a exigée le déploiement d'une logistique secrète complexe démontre la toute puissance du Prince ben Salman. S'est-il constitué une garde prétorienne ? Est-il parvenu a obtenir le ralliement de forces de l'armée, de la police et des renseignements qui hier encore lui étaient hostiles ? En quelques heures, le Bonaparte d'Arabie a prouvé que nul puissant ou misérable n'était hors d'atteinte de la pointe de son sabre. Et pour compléter l'avertissement, au petit matin, un hélicoptère s'est opportunément écrasé avec à son bord une Altesse qui avait eu l'audace de voler.
Après cette « nuit des longs couteaux » et l'échec de « la conjuration des imbéciles », Trump a sentencieusement tweeté : « les Salman savent ce qu'ils font....ils (les milliardaires) saignaient leur pays, » Pour la première fois depuis la naissance de la dynastie des Saoud, un jeune monarque qui n'est pas encore roi détient sans partage ni compromis le pouvoir absolu. Et si au delà du mandat de son ami Donald, Allah et la Maison Blanche lui prêtent vie, il sera l'un des hommes les plus puissant de la planète pour les 50 prochaines années.

L'opportunisme de Macron
Embarrassée, la diplomatie française joue serrée car après avoir systématiquement (sous Hollande) misée sur le mauvais cheval arabe, elle cherche à se racheter une bonne conduite orientale tout en évitant d'incommoder la Maison Blanche. Au plan économique, le complot déjoué de Riyad risque de mouiller des intérêts français autrement plus sensibles que ceux de l'hôtellerie parisienne de luxe car ironie du sort, les propriétaires saoudiens du Georges V et de l'hôtel de Crillon se retrouvent encabanés au Ritz de Riyad !
Pour une fois Paris paraît jouer collectif. Fin octobre Nicolas Sarkozy était en Arabie au prétexte de participer à un forum du gotha de la finance internationale. À la tribune, l'ancien Président a dit tout le bien qu'il pensait de la Russie et le peu de mal qu'il pensait de l'Iran. Il a ensuite été reçu très protocolairement par le roi. L'Élysée avait sans doute adoubé cette mission « sherpa » destinée à préparer le voyage « inopiné » d'Emmanuel Macron. Le Président français qui n'ignore pas les liens quasi fusionnels entre le Prince héritier Salman d'Arabie et le Sheikh Mohamed Al Nahyan le fils du fondateur des Emirats Arabes Unis, a profité de ses conseils lors de l'inauguration du Louvre d'Abu Dhabi avant de s'envoler vers l'Arabie voisine où il s'est brièvement entretenu avec le nouveau Napoléon d'Arabie. De là à penser que Macron a sauvé la paix dans la région, il n'y a qu'un pas que seul Trump pourrait empêcher de franchir.

mardi 24 octobre 2017

Le bisou d'une nuit en Tunisie

« Une nuit en Tunisie » est le titre d'une mélodie sirupeuse qui a valu au petit pays une renommée planétaire. Depuis soixante dix ans partout dans le monde, aux sons de la trompette de Dizzy Gilesppie, des couples d'amoureux s'étreignent sous les étoiles et dansent langoureusement les paupières closes en rêvant qu'ils sont en Tunisie le pays des nuits inoubliables.
Le soir, à la belle saison, à Hammamet, Kélibia, Zarzis, La Marsa... la jeunesse tunisienne se rassemble en couple par milliers pour regarder la mer et murmurer des mots d'amour. Allongés sur la plage, tapis derrière un rocher ou pelotonnés dans une voiture garée au surplomb de la corniche ils se fabriquent secrètement les souvenirs de délices qu'ils partageront durant toute leur existence.

Las, parfois dans l'ombre, rode le prédateur, le chasseur de primes, le rançonneur de bonheur. Généralement pour l'éloigner, il suffit de lui jeter des pierres, un paquet de cigarettes ou quelques dinars...Plus ennuyeuse est la ronde de police, officiellement chargée de traquer le terroriste et subsidiairement de veiller aux bonnes mœurs islamiques. Elle interpelle les couples sans ménagement. Généralement, l'homme se précipite au devant du brigadier de police avec un sourire engageant, un discours conciliant, voire quelques billets. Et la maréchaussée passe son chemin. Le tarif dépend du lieu, de la mise du couple et de la marque de la voiture... il devient hors de prix si le pandore flaire le crime d'adultère ou d'homosexualité. Ce petit jeu malsain est un héritage de la dictature de Ben Ali.

Le 30 novembre dernier Nessim et sa copine sont interpelés dans leur voiture stationnée devant la jolie baie de Gammarth. Ils présentent leurs papiers. Il est citoyen de France, elle est tunisienne. Il est d'origine algérienne mais ne parle pas l'arabe. Il se croit en état de droit, il invoque la loi. Les policiers ne comprennent pas la langue de Molière et encore moins qu'un musulman soit incapable de s'exprimer dans celle du prophète. La cause du couple est vite entendue et sans autre forme de procès on les met au trou.
Samedi et dimanche passent. Le lundi, les ministères et la Présidence sont informés. Les avis divergent entre les partisans de la fermeté et ceux qui pensent qu'à 48 heures de la visite du Premier ministre français, l'affaire peut faire désordre. Les va-du-menton l'emportent. Alors le parquet accélère la procédure et le Mercredi 4 octobre le juge cantonal de Carthage sur les seuls témoignages des policiers, condamne les amoureux à quatre mois de prison pour attentat à la pudeur, rébellion etc... C'est ubuesque. Les réseaux sociaux lancent l'alerte.

Le 5 octobre Edouard Philippe débarque à Tunis à la tête d'une délégation d'industriels. Cette visite, la première du genre hors d'Europe pour le nouveau Premier ministre français passe médiatiquement inaperçue ; elle est phagocytée par « l'affaire du bisou » qui fait le buzz. Recevant la mère et l'avocat de Nessim, l'ambassadeur de France Olivier Poivre d'Arvor se déclare « préoccupé mais confiant dans la justice tunisienne pour trouver une issue heureuse lors du procès en appel ». Les démocrates tunisiens qui ne partagent pas cet optimisme se mobilisent. Publiant la photo d'une embrassade avec son épouse le député Raouf el May demande ironiquement à quel commissariat il doit aller se constituer prisonnier. Une pétition à peine lancée rassemble plus de 10 000 signatures...On proclame que le 4 octobre sera désormais la journée mondiale du baiser... De Djakarta à Santiago l'événement fait la une des journaux. La Tunisie est la risée du monde !

Empêtré, le gouvernement tente maladroitement de discréditer les amoureux : « le délinquant, un trentenaire franco-algérien était nu, sa compagne tunisienne de dix ans plus âgée avait retiré ses dessous... » À la télévision le porte parole du ministère de la justice dérape « il ne suffit pas d'avoir la nationalité française pour se croire tout permis » Et si l'amoureux avait été de nationalité américaine ou saoudienne demandent les internautes ? Le 27 octobre, alors que tous attendaient une issue honorable à cette mauvaise farce, la cour d'appel devant une dizaine d'avocats bénévoles expédie l'affaire, confirme la sentence diminuée de quelques journées de prison et renvoie les amoureux derrière les barreaux.

Ce fait divers lamentable n'est pas seulement selon la formule du caricaturiste blogueur -Z- « la partie émergente d'un Iceberg plongé dans les profondeurs des marécages troubles de notre culture, où se mélangent les poisons de la religion, de la flicaille, d'une justice aux ordres et du voyeurisme malsain d'une société frustrée sexuellement... »(1) il traduit aussi la tension diplomatique feutrée entre Paris et Tunis mais surtout il révèle les tactiques politiciennes du pouvoir.
En se comportant en gardien républicain de la séparation des pouvoirs - ce qui est louable -, mais aussi en chantre du salafisme, - ce qui l'est moins -, le Premier ministre Chahed et le Président Caïd Essebsi ont choisi de gérer la crise au mieux de leurs intérêts politiques du moment qui consiste à rallier les nostalgiques de la dictature et les islamistes radicaux.
Si la gestion tunisienne des ébats amoureux a pu choquer les esprits éclairés, elle a été applaudie par les obscurantistes de tous bords et notamment par les saoudiens. Pour le Président Caïd Essebsi qui multiplie les gestes aimables en direction de Riyad avec l'arrière pensée d'isoler les islamistes d'Ennahda fidèles au Qatar grand rival de l'Arabie Saoudite, c'est tout bénéfice.
C'est en revanche une catastrophe pour le tourisme - déjà sinistré depuis la tuerie de 39 estivants britanniques sur la plage de Sousse en juin 2015 – qui aura du mal à effacer l'image du couple encagé pour un baiser. Et ce n'est pas la récente décision du gouvernement de faciliter la délivrance de visas aux Saoudiens et aux Émiriens qui compensera la désaffection navrée des européens pour un pays où l'arbitraire fait de l'excès de zèle.

Face à ces petits calculs politiciens et aux dérives sécuritaires, les démocrates tunisiens luttent avec la seule liberté qu'ils ont su gagner et préserver depuis la chute de la dictature: celle de la parole. La société civile bouillonne d'échanges verbaux, elle croule sous les mots. On proteste, on s'invective à tout bout de champ partout et par tous les canaux. Selon la formule arabe « on soulage son coeur », on dénonce, on crie...mais tout en gardant les mains derrières le dos. Comme si on n'avaient d'autres choix que de vociférer ou de s'immoler.
L'inquiétude est palpable. Six ans après la révolte de Bouazizi, le constat est accablant: les riches sont plus riches, les pauvres sont plus pauvres. Les disparités régionales se sont accentuées, l'inflation galope, la monnaie s'effondre, le chômage gangrène une large proportion de la population qui en est réduite à survivre d'expédients et de petits trafics hasardeux. Heureusement cette année le ciel a été généreux, les récoltes sont abondantes, ce n'est pas la faim qui réveillera la colère des petites gens.

Mais l'injustice du quotidien est le ferment d'une révolte qui gronde. Dans l'un de ses derniers articles, la journaliste Lilia Blaise documente la dérive de l'institution : « Surchargée, en manque de tribunaux spécialisés, la justice tunisienne va mal. Elle est également aux prises avec la lenteur des procédures administratives et un système de corruption qui perdure. Elle est enfin en peine de jurisprudence dans les cas de torture, de corruption ou de droits des femmes. »(2)
Le Code Pénal liberticide qui permettait à Ben Ali de soumettre les dissidents par le chantage d'un emprisonnement est pour partie toujours en vigueur.(3) Il aura fallu trois ans de débats pour que le législateur amende enfin la loi sur le cannabis qui condamnait systématiquement chaque jour 60 à 80 jeunes fumeurs à un an de prison. Mais selon les observateurs des droits de l’Homme, les nouvelles dispositions notamment celles sur la garde à vue sont rarement observées et la pratique des aveux sous la torture perdure.

Pour autant, il faut relativiser. Le pire est ailleurs. Occulté par le bisou. Peu de médias ont relayé la dépêche de l'horreur : dans la nuit du 8 octobre, au large de l'île Kerkennah un navire de la marine tunisienne a heurté une embarcation de passeurs clandestins. 38 migrants ont pu être sauvés, 52 sont morts noyés.   





lundi 9 octobre 2017

Le roi Salman d'Arabie sur la place Rouge

Qui l'eut cru ? Pour célébrer le centenaire de la Révolution d'octobre, le roi d'Arabie s'est invité au chevet de Lénine ! Ces épousailles historiques entre la carpe et le lapin sont passées quasiment inaperçues alors qu'elles préfigurent sans doute de la bascule vers un désordre nouveau ou vers une paix inédite au Moyen-Orient.

Quelles impérieuses raisons ont pu précipiter le vieux roi d'Arabie Salman dans son Jumbo Jet médicalisé qui est allé se poser six heures plus tard, à la nuit tombée, par un temps frisquet sur un aéroport de Moscou où il avait été précédé par 1 500 courtisans. Signe que la Royale escapade allait se dérouler dans la contrariété, l'escalator électrique déployé de l'avion refusa obstinément de fonctionner contraignant le vieillard à descendre une à une les marches dorées du luxueux engin. En bas, ni Poutine, ni Medvedev ne s'était déplacé. On avait seulement dépêché un dignitaire débonnaire en col roulé. Il semblait alors que la première visite d'un roi d'Arabie en Russie ne serait pas placée sous le signe du baiser sur la bouche. Et pourtant...

Rencontres, banquets, visites protocolaires s'enchainèrent pendant quatre longues journées. Pour remplir l'agenda et occuper les journalistes en marge de la « semaine culturelle de l'Arabie en Russie » des colloques de gens bien élevés discoururent sur des sujets universels que l'Arabie et la Russie ont contribué à faire progresser comme celui des droits de l'Homme ou de la liberté d'expression. 
Plus concrètement, les dirigeants des deux pays ont convenu de booster leurs échanges commerciaux qui se limitaient jusqu'à présent à quelques millions de dollars d'orge, de pâtes alimentaires, et de minerais. Désormais, il faudra compter en milliards. Tous les exportateurs russes seront à la fête.

Le plus stupéfiant des engagements concerne la coopération dans le secteur de l'armement.
La Kalachnikov, arme fétiche des pays du Pacte de Varsovie sera pour la première fois de son histoire produite dans un pays de l'Ouest ! Le fusil emblématique de tous les révolutionnaires de la terre, celui qui figure sur le drapeau du Hezbollah sera fabriqué dans le royaume de son plus fidèle ennemi ! Au lendemain de cette annonce stupéfiante qui a même étonné le monde des blasés, un quidam sans doute désespéré par la nouvelle, a pris d'assaut le Palais Royal à Jeddah tuant deux gardes avant d'être lui même abattu... la Kalachnikov à la main. Coïncidence ou avertissement ?
Autre motif d'étonnement, l'Arabie a confirmé l'achat de rampes de missiles mobiles capables de faire bouclier à toute intrusion dans son espace aérien. Le système S-400 qui est déployé en Russie face aux forces de l'OTAN, dote également les armées d'Algérie, de Chine et de Turquie. Tout comme Erdogan, Salman ne semble pas faire totalement confiance à son protecteur américain dont le congrès s'est pourtant empressé d'autoriser l'exportation en Arabie de batteries THAAD, rivales du S-400. Il faut dire que nul n'est aujourd'hui capable de mesurer l'efficacité réelle de ces très couteux systèmes. Mais sans attendre le « combat proven » sans cesse annoncé et toujours reporté en Corée du Nord, Salman qui en a les moyens, a choisi pour plus de sureté de se payer les deux.
Nouvelle plus réconfortante : depuis Moscou, le Ministre Saoudien des affaires étrangère a révélé que son royaume avait révoqué des milliers d'imams coupables d'avoir prêché la haine ; il en a profité pour accuser le Qatar d'avoir financé ces mauvais salafistes.

Sur la politique régionale, afin de rassurer les naïfs, Salman et Medvedev ont côte à côte psalmodié des vœux pieux : arrêt des souffrances du peuple palestinien, paix et stabilité pour la Syrie et le Yémen, arrêt de l'interventionnisme iranien, respect de bon voisinage...Au plan économique ils ont l'un et l'autre souhaité une stabilisation des cours du pétrole, et l'Arabie s'est engagée à créer un giga fonds d'investissement pour promouvoir l'innovation en matière d'énergies solaires et nucléaires dans le royaume.

À l'issue de cette incroyable rencontre entre des personnages aux antipodes de la sphère diplomatique internationale, toutes les spéculations sont permises. En Syrie d'abord dont il faut rappeler, que la guerre a été provoquée, soutenue et perdue par l'Arabie Saoudite, et de laquelle la Russie sort vainqueur. Au Yémen ensuite, dont le tiers du territoire est quotidiennement tapissé de bombes saoudiennes mais qui résiste et porte la guerre chez son agresseur. Dans ce pays anéanti où elle a depuis les premiers jours acheminé l'aide humanitaire, la Russie devient l'incontournable médiateur. Enfin, elle s'impose également comme l'unique interlocuteur crédible capable d'apaiser les tensions et de garantir un pacte de non agression entre l'Arabie et l'Iran.

Pour Washington, ce voyage est un camouflet diplomatique d'autant que le roi Salman, fin connaisseur de l'Amérique dont il a fréquenté tous les Présidents depuis John Kennedy, est en mesure d'apprécier la valeur de la poignée de main qu'il a échangé avec Donald Trump il y a quatre mois.
Comme toujours, le diable se niche dans les détails.
Le roi qui souhaitait être fait docteur honoris causa de la prestigieuse université de l'Amitié des Peuples Patrice-Lumumba s'est contenté d'une remise en grande pompe du diplôme de l'Institut de formation des diplomates russes. Pour Salman, le chemin de Moscou fut celui de Canossa. Et ce n'est qu'un début car l'acte de contrition accompagné du paiement de quelques armements ne soldera pas pour autant le tribut que réclament les Russes pour prix de leur nouveau protectorat sur le Moyen-Orient.