La cathédrale de Paris n’est pas la plus belle de France, mais c’est Notre-Dame, la miraculée des flammes, reconstruite, restaurée par l’effort de milliers d’ouvriers d’art. Merci Macron.
À Paris, Pompidou a laissé son nom à un musée laid, Giscard d’Estaing à un autre magnifique celui-là, Chirac à un troisième qui est superbe; Mitterrand a touché au Louvre, Sarkozy et Hollande n’étaient pas amateurs de beau, finalement on est reconnaissant au 25 ème Président de la République de ne pas avoir marqué au fer et à la pierre son passage dans la plus visitée des capitales du monde.
Notre-Dame de Paris
Par millier chaque jour et par millions chaque année, les curieux se pressent dans un interminable serpentin de barrières de fer, sorte de labyrinthe à bestiaux qui permet de contenir la foule et la laisser filtrer au compte-goute à travers un portique détecteur d’objets contondants. Cette longue attente permet au visiteur de contempler en levant les yeux les deux gigantesques tours un peu mastoc, d’où émergent des gueules de gargouilles malfaisantes. À l’approche des trois porches on observe sur les voussures du fronton principal quelques étonnantes figurines profanes et peut-être même coquines.
Mais ça pousse derrière car devant ça n’avance qu’à petit pas.
Lorsqu’on entre dans un édifice religieux: une église, un temple, une mosquée, le silence vous saisit. À Notre-Dame, c’est l’inverse. Le brouhaha est insupportable, voir inquiétant. De cette ruche qui bourdonne on a tout de suite envie de se soustraire de crainte d’être piqué. De temps en temps une voix monocorde sort des hauts-parleurs et résonne: « silence, silence, please ! » En vain.
Le service d’ordre peine à canaliser les badauds. Des cordons ont été tendus autour de l’espace central réservé « à la prière » mais les gardiennes du diocèse sont bienveillantes, elle accordent au regard du suppliant le privilège d’aller s’asseoir sur une chaise pour contempler la rosace du Midi qu’un rayon de soleil fait resplendir. Las, très vite le bruissement de la foule invite à chercher la porte de secours. Vite, de l’air !
Dans le dédale des petites rues désertes au nord de la cathédrale, il y a un bistro calme où viennent se désaltérer les agents de ville du quartier et quelques rares réfugiés du charivari de Notre-Dame.
À deux pas, sur la rive gauche sommeille l’église Saint Severin, havre de quiétude dont la majesté reste ignorée des touristes. Un miracle !
Depuis la Tour Eiffel
Nul touriste ne saurait se passer d’aller rôder autour de la Tour Eiffel, et pour les plus argentés de s’y hisser au sommet.
La foule est tout aussi nombreuse qu’à Notre-Dame, mais les ascenseurs et le personnel débitent les visiteurs par tranches de cent à la vitesse d’une chaine de montage. Du haut de cet échafaudage sublime de dentelle d’acier, Paris est aux pieds. La Seine serpente entre les flaques de verdure des îles. Magnifique alignement des jardins des Tuileries, au loin la colline de Saint-Cloud, à l’opposé, la prétentieuse montagne Sainte Geneviève (qui n’est en fait qu’une modeste colline), couronnée d’un dôme imposant sous lequel repose quelques « grands hommes »; plus proche il y a celui des Invalides où dans le tombeau en marbre vert repose l’empereur des français adulé des vaincus. Là-bas, derrière les grands magasins de la rive droite se profile le Sacré-Coeur, hideuse basilique coiffant le beau village de Montmartre. Le regard s’attarde aussi sur la majestueuse coulée des Champs Élysée vers la Concorde, la rue de Rivoli, la Bastille, le faubourg Saint Antoine et au loin la Nation. Ici, c'est l’Étoile dont l’alignement conduit au fouillis des tours du quartier de la Défense, constructions audacieuses signées d’architectes talentueux. C’est New York dans un coin reculé de Paris qui ne gâche pas Paris, même pris en photo depuis l’Arche de Triomphe.
Tour Triangle-Hidalgo
Avant de redescendre de la Tour Eiffel le dernier regard appel instinctivement les poings à se frotter les yeux. Un énorme étron marron a surgi à l’Ouest de Paris. Il est si grand qu’il parait à portée de main. Il est si laid qu’il noircit le soleil couchant. Paris pris de honte tourne le dos à cet édifice incongru dont l’architecture rappelle ceux de la capitale du dictateur de la Corée du Nord. C’est la Tour Triangle. D’aucun la surnomme la Tour Hidalgo du nom de la maire sortante de Paris.
Il parait que l’on doit cette crotte architecturale à l’obstination d’un puissant groupe immobilier Unibail-Rodamco-Westfield qui avec l’architecte suisse Herzog & de Meuron et l’entreprise générale égypto-belge Besix avait sans doute de bonnes raisons symboliques d’imposer à la vue des parisiens cette pyramide de 180m de haut.
Il parait aussi que nonobstant les oppositions farouches des élus municipaux, Anne Hidalgo a fini par imposer le permis de déconstruire la beauté de Paris.
Dans cent ans on demandera: « mais qui était cette Anne Hidalgo du nom de cet immeuble immonde qui fait de l’ombre à Paris ?