mardi 1 septembre 2026

Le parc des loisirs de Macron et Ben Salmane



À l’issue de rencontres à l’Élysée avec le Prince d’Arabie, le Président a triomphalement annoncé le lancement d’un projet de parcs de loisirs de 6 milliards d’euros à Cergy-Pontoise. Décryptage.


Dans l’esprit des élites françaises, les habitants de l’Arabie sont des chameliers incultes faciles à manipuler. Ils ont l’argent, on a les idées. Faisons des affaires. Ils seront roulés.

Certes les Saoudiens peuvent apparaitre irresponsables et fantasques lorsqu’ils gaspillent en coûteuses futilités. Ainsi le Prince héritier Mohamed Ben Salmane propriétaire de yachts extravagants a acquis une toile attribuée hâtivement à Léonard de Vinci pour la moitié d’un milliard de dollars. Dans sa main l’or coule comme le sable. Il a toujours été gâté, il est capricieux et cruel, il n’a aucune notion de la valeur de la vie humaine et des objets. Il est le Louis XIV d’Arabie. Tout comme Louis qui passait des heures à folâtrer dans son potager ou à danser dans la galerie des glaces, lui est accro aux jeux vidéo et aux mangas. Pour autant, comme le roi soleil, le roi du désert est loin d’être un idiot. L’État c’est lui. Le pays avance et prospère à la baguette. Il est entouré d’une cour de courtisans capés et madrés. La plupart sont des jeunes prodiges de bonne famille formés aux meilleurs écoles américaines, britanniques et françaises, mais il y a aussi des vénérables très expérimentés. Tous lui sont d’une fidélité sans bornes.


Les arabes ne sont pas ceux que l’on croit

Au contraire du Français, le Saoudien n’exhibera jamais ses compétences, son savoir, ses connaissances. L’humilité et la modestie sont des vertus enseignées dès son jeune âge.  Si vous lui demandez le montant de sa fortune, il vous répondra avec un sourire en levant les yeux que Dieu qui l’a voulu est seul à le savoir. 

Ce pays ne se résume pas à une population d’enrichis on y trouve nombre de misérables mais aussi des savants qui en toutes disciplines égalent voire surpassent les nôtres. Qui connait les exploits du professeur Abdallah al Rabeah chirurgien pédiatre, de la chimiste Adha Al Mutairi, de la biologiste Hayat Sindi ? Qui sait que les chercheurs de l’université du roi Abdulaziz (KACST) disposent d’un super calculateur plus performant que celui du CNRS et qu’ils ont mis au point des lasers et des brouilleurs destructeurs de drones dont nous avons un besoin urgent. 

Pourtant, on continue de caricaturer les Saoudiens. « Les aventures de Tintin au pays de l’or noir » (un manga à succès du siècle dernier) ont forgé durablement l’esprit des lecteurs. 



L’écran de fumée

Ainsi lors de la dernière visite de Ben Salmane à Macron les médias bien inspirés n’ont commenté que quelques-uns de la vingtaine de protocoles de coopération signés. Celui de la CMA CGM sur le port de Jeddah pour contrer les ambitions chinoises. Celui du  renouvellement de l’enveloppe généreuse et sans contrepartie attribuée au développement par la France du site archéo-touristico-culturo de Al Ula, « Le fabuleux roman de la France-Arabie ». Enfin et surtout celui d’un méga-manga projet de parc de loisir en banlieue parisienne. 


Occultés les échanges sans importance sur la reconnaissance d’Israël par l’Arabie conditionné à la création d’un état de Palestine. Ignorée la menace iranienne et yéménite qui prend en étau le royaume des Saoud. Négligé le récent accord de défense réciproque signé à  Riyad avec le président turc et le premier ministre pakistanais. Passée inaperçue la quasi rupture diplomatique entre l’Arabie et les Émirats arabes unis. Balayés le désengagement US, le redéploiement des systèmes de défense, l’énergie nucléaire, la guerre du Soudan, celle d’Iran, du Liban, de Gaza…autant de sujets négligés par les communiqués officiels.


Parenthèse historique sur la reprise du projet Pharaon

Revenons à l’essentiel de l’information qui a fait le buzz: 6 milliards d’investissement pour un parc de loisir à Cergy-Pontoise « du jamais-vu depuis Disneyland Paris ! » a déclaré Emmanuel Macron. Dans cette longue histoire qui a commencé alors que ni Ben Salmane ni Macron n’étaient nés, on retrouve la malédiction de Pharaon du nom d’un collectionneur de gigantesques faillites.

Ouvrons une parenthèse observée de près dans ma tumultueuse jeunesse.

En mai 1968, les étudiants révolutionnent la France. Pour les apaiser le ministre de l’éducation Edgar Faure promet de construire à Vincennes une nouvelle université ouverte aux non-bacheliers dès la rentrée. Pari tenu, les bâtiment sortent de terre en quelques semaines. C’est un exploit technique inédit que l’on doit à l’architecte Paul Chaslin fondateur de Geep Industrie, premier groupe européen de constructions industrialisées. Ce militant socialiste proche de Michel Rocard, ami de Stephane Hessel, avait révolutionné le bâtiment. Son système d’ossature en métal « YZ » permettait de réduire considérablement les délais de construction. Les commandes publiques affluent. Mais les 200 ingénieurs et 2 000 ouvriers en mode autogestion de Chaslin sont de mauvais exemples pour le patronat et le gouvernement de Raymond Barre. L’état paye au compte goutte, l’entreprise dépose son bilan. 

Immédiatement un sauveur se présente: Gaith Pharaon, saoudien multi diplômé, fils du médecin personnel du roi. À l’époque en Arabie, le bâtiment connait une expansion phénoménale. Pharaon a compris qu’en construisant vite on gagnait plus. L’entreprise française qu’il a rachetée va lui permettre d’édifier en un temps record deux complexes de bureaux-hôtels à Jeddah et Riyad, les REDEC Plazza. Son investissement est éligible au crédit acheteur de l’état français. Cerise sur le gâteau, il prélèvera une commission d’intermédiaire sur sa propre entreprise et tous leurs sous-traitants. C’est le jackpot dont rêve tout promoteur immobilier. Pharaon qui est très en cour à Matignon et à Bercy en profite pour intercéder dans la vente à l’Arabie de quelques autres contrats d’équipements aéronautiques et militaires. Il est chaque jour beaucoup plus riche. Jet privé, yacht de 60m, bureaux place de la Concorde à Paris. Il se lance aussi dans la production de films, l’hôtellerie et surtout la banque, en France, en Italie de Berlusconi, en Tunisie de Ben Ali, aux États-Unis… 


La malédiction de Pharaon

Entretemps l’entreprise de construction Geep Industries rebaptisée SNCI, qui a été méthodiquement pillée dépose son bilan. Ses avoirs sont liquidés à bon prix. Pharaon a récupéré sans doute quelques propriétés dont une parcelle de plusieurs hectares à Cergy Pontoise.

C’est en faisant apport de celle-ci qu’en 1987 il monte un tour de table pour financer un parc de loisir inauguré par Jacques Chirac: Mirapolis. « Les pétrodollars de Gargantua » titre Le Monde. Deux ans plus tard, c’est la liquidation judiciaire. 

Dans le monde des affaires on a tardé à se rendre compte que Gaith Pharaon était un renard de la finance doublé d’un redoutable juriste.

Aux États-Unis ses affaires tournent mal. Le FBI déclenche une traque aux quatre coins du monde sans jamais l’atteindre car lorsqu’il ne navigue pas sur son palace flottant dans les eaux internationales, il bénéficie de la protection de son roi et des services de renseignement saoudiens dont il est proche. 

Il s’éteindra paisiblement en 2017 dans l’une de ses demeures du Liban.

Aujourd’hui, ses enfants sont à la tête d’affaires importantes en Arabie, au Pakistan, aux États-Unis et en France. Ont-ils conservé par héritage à travers des fiduciaires la friche de Mirapolis à Cergy Pontoise ? Officiellement cette terre de 55 hectares appartiendrait à un avocat belge. Se laissera t-il exproprier sans résistance ? Fera-il apport du terrain dans un investissement au retour aléatoire ? 


Le jeu du miroir aux alouettes 

L’industrie du parc à thème est un miroir aux alouettes qui brasse des sommes énormes. Lorsque l’équilibre de fréquentation est atteint, il génère des bénéfices colossaux. Mais les faillites sont bien plus nombreuses que les succès. Il faut avoir les reins solides comme le géant de la profession Disney. En France, Asterix, Futuroscope, Walibi…appartiennent à la Compagnie des Alpes, elle-même détenue par l’état à travers la Caisse des Dépôts et Consignation. La plupart des parcs qui affichent des résultats à deux chiffes sont des affaires familiales: Bennet (animalier), de Villiers (thème historique). En Allemagne la famille Mack possède le plus grand parc d’attractions. Au Pays Bas, Efteling est détenu par une association à but non lucratif.

L’activité dévore des budgets de publicité et réclame une gestion millimétrée, une vigilance de tous les instants pour assurer la sécurité et la fiabilité des attractions dont la fréquentation aléatoire déjoue toutes les prévisions en cas de variation climatique ou d’accident mortel. Beaucoup de mégalomanes arabes encouragés par des « experts » ont tenté de réaliser leur rêve d’enfant: Rifaat el Assad, Adnan Khashogi et même Khadafi se sont jadis cassé les dents en Andalousie.

 

De Pharaon à Prométhée 

On peut douter de la volonté saoudienne sincère de se lancer dans cette aventure hors d’Arabie. De même, alors que sa dynastie a soigneusement effacé toute trace de la vie du prophète à la Mecque et à Médine on se demande pourquoi le Prince Ben Salmane continue de financer le développement du site archéologique nabatéen d’Al Ula. La réponse est probablement « parce que ça fait plaisir au Président français » et que ça permet de récompenser indirectement quelques fidèles amis français du Royaume.

Le projet Dragon Ball à Cergie-Pontoise est le télescopage d’enjeux diplomatiques, d’affinité aux jeux videos et aux mangas, d’une friche de 55 hectares en banlieue parisienne et d’un inépuisable fonds souverain. Tout comme celui de Mirapolis-Gargantua de Pharaon il est  probable que ce méga-manga projet fera pschitt.


Il existe pourtant une perspective autrement plus ambitieuse qui permettrait de sortir la France de sa dépendance à l’intelligence artificielle - devenue aussi importante que l’électricité ou le pétrole - et qui la hisserait au troisième rang mondial derrière les États-Unis et la Chine. 

Il s’agit du discret Plan Prométhée. Son coût est estimé au doigt mouillé à 620 milliards d’euros.  Vous avez bien lu. C’est pharaonique ! Ses auteurs préconisent « une coalition avec un partenaire qui contribuera à son financement contre un accès garanti » 

Après tout, la France, en 1974 a bien fait appel au Shah d’Iran pour financer le programme nucléaire Eurodif  à hauteur d’un milliard de dollars de l’époque (6,7 milliards d’aujourd’hui). L’affaire a mal tourné pour les raisons que l’on sait. 

Alors, on se plait à rêver que le Prince Saoudien n’est pas venu à l’Élysée seulement pour jouer à la marelle numérique dans une friche de banlieue.  650 milliards d’euros pour l’indépendance de la France et la sécurité de l’Arabie, voici un projet digne des ambitions de Macron et de Ben Salmane ! 

Le Président qui sera bientôt libéré de ses hautes fonctions a peut-être trouvé un emploi à la mesure de ses capacités.




dimanche 9 août 2026

Alertez les bébés !

Tout peuple attaqué se bat avec la rage et le courage du désespoir. En Ukraine depuis quatre ans, en Palestine depuis 77 ans ! Là-bas chaque combattant-e lutte pour protéger la vie de sa famille. Malheureusement, chez les envahisseurs, les plus bas instincts de la nature humaine reviennent, la pire barbarie est de retour, celle qui tue les enfants.

À l'origine de l'étincelle de démence qui a embrasé le monde, une horde de 3 000 drogués nourris à des décennies de ressentiments, d'obsessions de vengeance, aux souvenirs des carnages de Jenine, de Sabra, de Chatila... Ils se sont évadés de leur prison à ciel ouvert pour se jeter affamés sur tous les appâts humains des environs. Parmi le millier de civils, ils ont assassiné 30 enfants de moins de quinze ans. C'était il y a trois ans !

En retour l'armée de l'état d'Israël, tout aussi cruelle et fanatisée, a froidement, patiemment et méthodiquement massacré 75 000 palestiniens parmi lesquels 18 500 enfants ! Les incrédules qui doutent de cette abomination sont invités à parcourir la liste macabre publiée par le Washington Post le 30 juillet de l'an dernier. Imaginez un jardin d'enfants de la taille de 8 terrains de foot transformé en nécropole où s'aligneraient 18 500 petites tombes !

La perte d'un enfant est la pire des douleurs que puisse subir un être humain. Le meurtre de 30 enfants est insoutenable, celui de dizaines de milliers dont 900 bébés de moins d'un an est inimaginable d'effroi. Une armée qui cible des enfants applique une politique délibérée et assumée d'élimination de toute capacité de survie d'une communauté. C'est le massacre des innocents d'Hérode qui selon l'Évangile de Mathieu envoya tuer tous les bébés de Bethléem de moins de deux ans. C'est un génocide qui jette sur ses auteurs l'inextinguible mépris de l'humanité que les siècles à venir ne pourront effacer.

Israel devrait se prosterner et le Monde s'effondrer de douleur. Il continue de tourner. En Occident, on feint d'ignorer ce qui se passe dans le ghetto de Gaza où les journalistes étrangers sont interdits d'entrer. Cependant arabes et musulmans en tous lieux suivent au quotidien grâce aux réseaux sociaux les souffrances des deux millions de survivants qui ont été déportés dans un coin de leur propre terre. La propagande sioniste clame que les enfants sont des victimes collatérales des frappes chirurgicales car les écoles et les hôpitaux servaient de refuges aux combattants..Ce discours ignoble complaisamment repris par les médias de l'internationale ultradroite ajoute à l'indignation.

Que deviendront les parents endeuillés de Palestine, quel avenir pour les centaines de milliers d'orphelins ?

On se surprend à murmurer à capela :  Les enfants de la guerre ne sont pas des enfants, ils ont connu la terre à feu et à sang...ils ont vu la colère étouffer leurs chants, ils ont appris à se taire et à serrer les poings quand les voix mensongères leur dictaient leur destin...  Charles Aznavour « Les enfants de la guerre » (1966)

On a envie de hurler en martelant son piano comme Jacques Higelin : Les gens épouvantés fuient le mal qui est en eux. Quand vous en croisez un dans le désert, il trouve encore moyen de détourner les yeux. Car son frère lui fait peur, il a honte de son frère « Alertez les bébés »(1976)

jeudi 19 mars 2026

Partie de golf, jeu d'échecs et de go à Ormuz


Les prix à la pompe flambent, la pénurie et le rationnement risque de compromettre les vacances de l’été prochain. Les perspectives d’inflation, de récession, de chômage et de désordre n’alertent pas encore les responsables politiques européens. En troupeau, ils se laissent conduire au chaos par un Trump sénile, sous l’influence des orthodoxes israéliens et des évangélistes américains qui l’ont persuadé de sa mission biblique. Cette pensée religieuse inspirée du fond des âges est en train d’anéantir notre héritage culturel le plus précieux gravé sur une pierre en basalte il y a 3 800 ans à Babylone, celui de la justice.

Démocratie en dérive et effondrement du droit 

Insidieusement, la grande démocratie d’Amérique vire au fascisme. L’histoire bégaye.

« L’œuvre est en bonne voie, ils ne s’arrêteront plus, ils nazifieront, ils promulgueront des lois racistes, ils auront leur Guépéou, leur Gestapo, leurs sections d’assaut… ils élimineront méthodiquement tous les adversaires d’hier et les récalcitrants d’aujourd’hui… nous verrons tout cela, nous le verrons sans doute de notre camp de concentration… » écrivait Léon Blum en juillet 1940 (L’oeuvre Albin Michel Éditions)

On guette un sursaut salvateur, mais la peur de la guerre civile paralyse les démocrates américains qui s’illusionnent encore de l’espoir d’un revirement aux prochaines élections dont chacun sait pertinemment que le parti MAGA contestera  les résultats et prendra à nouveau d’assaut le Capitole. 

À l’extérieur des États-Unis, la bande de tatoués à casquette est en train de démolir méthodiquement les institutions qui protègent la paix.. L’ONU est en état de « mort cérébrale ». Pour l’exemple, les juges de la Cour internationale de justice sont persécutés, interdits de voyager et de banque, ils sont bannis… pour avoir osé inculper Netanyahou ! Des chefs d’État étrangers sont kidnappés ou éliminés. Tous ces crimes se banalisent désormais dans l’indifférence. 

Les amis, les alliés traditionnels des États-Unis ne lèvent pas un sourcil. Désunis, ils sont allés faire allégeance au Maître, qui depuis, les traite en employés. Ils sont notés. Macron, 8/10, peut mieux faire. Le respect mutuel, l’indépendance et la souveraineté des nations, la coexistence pacifique sont devenues des notions ringardes.

Les guerres de Gaza, d’Iran et du Liban ne sont que la projection de puissance de deux décérébrés qui entendent asservir le monde. Les BRICS et le « Grand Sud » font le dos rond, ils laissent s’accomplir cette œuvre de décomposition des valeurs premières de l’Occident. Le temps joue en leur faveur. Aucune élection ne guette la survie de leur gouvernance. La Chine, malgré quelques désagréments et la Russie engrangerons les dividendes de cette guerre du pétrole qui affaiblira l’Amérique et l’Europe.

Le parcours de golf du Golfe

Sur le terrain de la grande compétition pour la domination du monde, les joueurs s’affrontent. Trump est un golfeur, Poutine un joueur d’échecs, Xi un joueur de go. La stratégie pour gagner un parcours de 18 trous est simple : il suffit de mettre une balle dans les alvéoles en un minimum de coups. C’est un exercice solitaire, sans autre vis-à-vis que la vanité de son score par rapport aux autres compétiteurs ailleurs. Les Chinois, les Russes, les Iraniens, les Arabes, les Turcs… ne savent pas arpenter les greens en poussant une balle, mais ils sont entraînés à affronter l’adversaire face à face dans l’exercice d’un jeu de stratégie combinatoire abstrait.

Les échecs russes, le tric-trac libanais ou turc, le jeu de go chinois consistent à vaincre l’adversaire en utilisant son cerveau pas le « swing » de son coup de rein.

Le mépris de l’adversaire

Pour Trump, les Iraniens sont des barbus en robes longues  chaussés de babouches, parfaitement incapables de réussir un « putt ». On comprend le gouffre qui séparait le président à casquette de l’homme fort de l’Iran Ali Larijani: mathématicien et philosophe spécialiste de Kant (1724-1804). À la Maison-Blanche personne n'a jamais feuilleté « Critique de la raison pure »! Il devenait donc urgent d’éliminer Larijani qui a commis l’erreur de parader au milieu de la foule dans les rues de Téhéran. Aussitôt repéré par les drones d’altitude et les satellites, il a été « fixé sur la toile d’araignée » sans aucune possibilité d’échapper. Ses déplacements ont alors été tracé au mètre près. Quelques jours plus tard, un Israélien a commandé le feu du missile qui l’a tué. Ce protocole d’exécution à distance est imparable. Il a fait dizaines de milliers de victimes à Gaza et au Liban. 

Le nom du philosophe imprudent s’ajoute à la longue liste des martyrs à venger. Désormais à Beyrouth et Téhéran, les cartésiens avisés ne sortent plus sans porter un masque de Mickey pour dérouter les logiciels de reconnaissance faciale.

Stratégie du meurtre ciblé et de la table rase

Après l’élimination de tous les chefs ennemis, l’objectif israélo-américain est d’aplanir l’Iran au bulldozer comme si c’était un golf ! Militairement traduit, cela revient à bombarder massivement. C’est la tactique Gaza. Mais ici comme hier en Afghanistan, l’ennemi se prépare depuis 47 ans ! Il est tapi à 60 mètres sous terre, sort par des trous de souris, riposte avec des moyens proportionnés qui font quelques dégâts sans causer de victimes mais dans des endroits où cela fait très peur. Les Israéliens courent aux abris, les étrangers fuient les Émirats et surtout tous les méga tankers sont à l’ancre. Nul n’ose franchir le détroit d’Ormuz sans la permission expresse des gardiens de la Révolution. Seuls les navires chinois ont un laisser-passer. Trump menace-t-il de bombarder le terminal pétrolier iranien, qu’aussitôt Téhéran prévient qu’en retour il ciblera Qatargaz et Aramco. Mille millions de mille sabords !

Le joueur de golfe est en mauvaise posture. Son scénario d’un corps expéditionnaire US débarquant sur la rive persique du détroit d’Ormuz est d’autant plus risqué qu’il a été anticipé par les mollahs. Une autre éventualité irresponsable – mais Trump ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît – serait de larguer une bombe nucléaire miniature pour vitrifier quelques montagnes et terroriser le monde entier. C’est son ultime joker qui fera basculer la planète dans l’inimaginable.

Alliés fragiles

Les pays riverains du Golfe sont les otages du champ de bataille, mais contrairement aux prévisions des Américains, aucun d’entre eux n’a accepté d’aller combattre des iraniens (fussent-ils chiites) pendant le mois de Ramadan aux côtés des Israéliens. Et puis mobiliser leur formidable armement contre l’Iran n’est pas sans risque, car seuls les officiers supérieurs sont des nationaux ; la troupe saoudienne et émirati est composée de « légions étrangères » musulmanes recrutées en Asie principalement au Pakistan. Leur fidélité est jugée incertaine dans un contexte d’affrontement fratricide.

Les monarchies du Golfe constatent aussi que cette guerre n'est pas la leur; que le ruineux parapluie militaire américain ne sert à rien et que ni Tel-Aviv ni Washington ne les dédommageront des dommages qu’ils ont subis.

Israel fait feu de tous bois, les attaques intempestives du Hezbollah lui ont donné prétexte d’envahir le sud du Liban et de bombarder Beyrouth. 1 000 victimes, un million de déplacés. Tyr, la cité de Didon, patrimoine de l’humanité est en danger. Au large de Chypre, non loin du pays du Cèdre enflammé, le président Macron sur le pont du porte-avions Charles-de-Gaulle propose timidement sa médiation. Cependant que Gaza et la Cisjordanie, oubliées de tous, agonisent lentement. La folle prophétie du « grand Israel » est en oeuvre.

La guerre du Ramadan

Évidemment, la rage gronde dans l’esprit de tous les musulmans,  ils jubilent discrètement des audaces suicidaires des Iraniens. Ils admirent l’entêtement sans limite des chiites. La mort face à l’ennemi en ce mois de Ramadan est une douce récompense qui assure un au-delà merveilleux. Le conflit du Ramadan laissera des cicatrices. La collaboration israélo-arabe est devenue impensable. Les royaumes arabes risqueront leur trône à ressusciter les accords d'Abraham. Nul ne sait encore quelle sera la géopolitique arabe au sortir du cataclysme dont le pire est peut-être à venir avec l’implication probable d’un acteur majeur: le Yémen.


Le Yémen épicentre du monde

En arabe, Yémen signifie « droite ». Pour autant, il est au centre de l’histoire contemporaine. Les soulèvements de la République socialiste du Yémen inféodée à Moscou en 1985 ont été les prémices de la chute de l’Empire soviétique. L’attaque contre l’USS Cole à Aden en 2000 préfigurait l’attentat des tours jumelles à New York en 2001. Pour les géopolitologues qui prétendent lire l’avenir dans le marc du café de Moka, les nuages du Yémen annoncent la tempête. Or, pour l’instant, le ciel est étrangement resté dégagé.

La devise des Houthis est: « Mort à l’Amérique, mort à Israël, maudits soient les Juifs, victoire à l’islam ». Tous les experts les présentent comme les fidèles auxiliaires de l’Iran. Mais jusqu’à présent, ils se sont contentés de dénoncer, de tempêter, de menacer. Ils ont lâché des mots mais retenu leurs missiles. Pourquoi les plus intransigeants et les plus combattifs ennemis d’Israël et des États-Unis n’ont-ils pas levé le canon de leur kalachnikov pour voler au secours de l’Iran ? 

C’est une énigme.

Il sont pourtant les maîtres des horloges car la géographie offre au pétrole arabe seulement deux issues : le Golfe, dont l’unique sortie est Ormuz contrôlé par l’Iran et la mer Rouge, qui est un couloir maritime entre Suez et le détroit de Bab el-Mandeb contrôlé par le Yémen. 

Retenue stratégique ou religieuse ?

Pour l’instant, les Houthis laissent passer les pétroliers qui chargent à Yanbu, sur la côte de l’Arabie saoudite, et vont approvisionner l’Asie. Ils pourraient ouvrir le feu de leurs missiles et drones mais ce serait tirer une balle dans le pied des « amis » Chinois ; alors ils se contentent de menacer les navires occidentaux, que les tarifs d’assurance de Lloyd’s dissuadent de se faufiler. 

D’aucuns prétendent que les Houthis, dont le gouvernement a été l’an dernier décapité par un bombardement ciblé des Israéliens, n’ont plus le cœur à la bataille. C’est peu probable.

D’autres pensent que des négociations secrètes aux contreparties sonnantes et trébuchantes avec les Américains et les Saoudiens ont calmé leurs ardeurs. C’est possible.

Une dernière explication, moins compréhensible en Occident mais logique chez les guerriers fanatisés, est que l’on ne fait pas la guerre pendant le saint mois de Ramadan, sauf pour se défendre et riposter à une attaque.

Les capacités de frappe depuis le Yémen sur Israël et sur les infrastructures vitales de l’Arabie voisine ont jadis prouvé qu’elles étaient redoutables. Si les Houthis, à la demande des Iraniens, menacent le 21 mars, jour  d’après Ramadan, d’embraser le pétrole et le gaz de toute la péninsule arabes, il est possible que des négociations seront aussitôt entamées. Pour prix de la paix, les tankers devront-ils au passage des détroits d’Ormuz et de Mandeb s’acquitter d’un droit de péage discrétionnaire selon la destination de la cargaison ?

La Chine, qui dispose dans le Golfe et la mer Rouge d’une trentaine d’implantations commerciales portuaires, est un acteur de l’ombre non négligeable, car elle importe 40 % de ses besoins en gaz et pétrole de cette région. L’ajournement de la visite que devait faire Trump à Pékin à la fin du mois de mars s’inscrit peut-être dans la perspective d’une trêve. 

Dans la vision extrapolée des règles du jeu de go, la Chine est le pion blanc, mais il faut espérer que sur la table du jeu d’échecs, les Houthis du Yémen ne sortent pas leur fou. 

Qui peut prédire comment se terminera la partie du golfe Persique de Trump ?