lundi 16 mars 2026

Notre-Dame de Paris et la Tour Hidalgo


La cathédrale de Paris n’est pas la plus belle de France, mais c’est Notre-Dame, la miraculée des flammes, reconstruite, restaurée par l’effort de milliers d’ouvriers d’art. Merci Macron. 

À Paris, Pompidou a laissé son nom à un musée laid, Giscard d’Estaing à un autre magnifique celui-là, Chirac à un troisième qui est superbe; Mitterrand a touché au Louvre, Sarkozy et Hollande n’étaient pas amateurs de beau, finalement on est reconnaissant au 25 ème Président de la République de ne pas avoir marqué au fer et à la pierre son passage dans la plus visitée des capitales du monde. 


Notre-Dame de Paris

Par millier chaque jour et par millions chaque année, les curieux se pressent dans un interminable serpentin de barrières de fer, sorte de labyrinthe à bestiaux qui permet de contenir la foule et la laisser filtrer au compte-goute à travers un portique détecteur d’objets contondants. Cette longue attente permet au visiteur de contempler en levant les yeux les deux gigantesques tours un peu mastoc, d’où émergent des gueules de gargouilles malfaisantes. À l’approche des trois porches  on observe sur les voussures du fronton principal quelques étonnantes figurines profanes et peut-être même coquines. 

Mais ça pousse derrière car devant ça n’avance qu’à petit pas. 

Lorsqu’on entre dans un édifice religieux: une église, un temple, une mosquée, le silence vous saisit. À Notre-Dame, c’est l’inverse. Le brouhaha est insupportable, voir inquiétant. De cette ruche qui bourdonne on a tout de suite envie de se soustraire de crainte d’être piqué. De temps en temps une voix monocorde sort des hauts-parleurs et résonne: « silence, silence, please ! » En vain. 

Le service d’ordre peine à canaliser les badauds. Des cordons ont été tendus autour de l’espace central réservé « à la prière » mais les gardiennes du diocèse sont bienveillantes, elle accordent au regard du suppliant le privilège d’aller s’asseoir sur une chaise pour contempler la rosace du Midi qu’un rayon de soleil fait resplendir. Las, très vite le bruissement de la foule invite à chercher la porte de secours. Vite, de l’air ! 

Dans le dédale des petites rues désertes au nord de la cathédrale, il y a un bistro calme où viennent se désaltérer les agents de ville du quartier et quelques rares réfugiés du charivari de Notre-Dame.

À deux pas, sur la rive gauche sommeille l’église Saint Severin, havre de quiétude dont la majesté reste ignorée des touristes. Un miracle !


Depuis la Tour Eiffel

Nul touriste ne saurait se passer d’aller rôder autour de la Tour Eiffel, et pour les plus argentés de s’y hisser au sommet. 

La foule est tout aussi nombreuse qu’à Notre-Dame, mais les ascenseurs et le personnel débitent les visiteurs par tranches de cent à la vitesse d’une chaine de montage. Du haut de cet échafaudage sublime de dentelle d’acier, Paris est aux pieds. La Seine serpente entre les flaques de verdure des îles. Magnifique alignement des jardins des Tuileries, au loin la colline de Saint-Cloud,  à l’opposé, la prétentieuse montagne Sainte Geneviève (qui n’est en fait qu’une modeste colline), couronnée d’un dôme imposant sous lequel repose quelques « grands hommes »; plus proche il y a celui des Invalides où dans le tombeau en marbre vert repose l’empereur des français adulé des vaincus. Là-bas, derrière les grands magasins de la rive droite se profile le Sacré-Coeur, hideuse basilique coiffant le beau village de Montmartre. Le regard s’attarde aussi sur la majestueuse coulée des Champs Élysée vers la Concorde, la rue de Rivoli, la Bastille, le faubourg Saint Antoine et au loin la Nation. Ici, c'est l’Étoile dont l’alignement conduit au fouillis des tours du quartier de la Défense, constructions audacieuses signées d’architectes talentueux. C’est New York dans un coin reculé de Paris qui ne gâche pas Paris, même pris en photo depuis l’Arche de Triomphe. 


Tour Triangle-Hidalgo

Avant de redescendre de la Tour Eiffel le dernier regard appel instinctivement les poings à se frotter les yeux. Un énorme étron marron a surgi à l’Ouest de Paris. Il est si grand qu’il parait à portée de main. Il est si laid qu’il noircit le soleil couchant. Paris pris de honte tourne le dos à cet édifice incongru dont l’architecture rappelle ceux de la capitale du dictateur de la Corée du Nord. C’est la Tour Triangle. D’aucun la surnomme la Tour Hidalgo du nom de la maire sortante de Paris. 

Il parait que l’on doit cette crotte architecturale à l’obstination d’un puissant groupe immobilier Unibail-Rodamco-Westfield qui avec l’architecte suisse Herzog & de Meuron et l’entreprise générale égypto-belge Besix avait sans doute de bonnes raisons symboliques d’imposer à la vue des parisiens cette pyramide de 180m de haut.

Il parait aussi que nonobstant les oppositions farouches des élus municipaux, Anne Hidalgo a fini par imposer le permis de déconstruire la beauté de Paris.

Dans cent ans on demandera: « mais qui était cette Anne Hidalgo du nom de cet immeuble immonde qui fait de l’ombre à Paris ? 

mardi 10 mars 2026

Dans l'ombre de la secte Epstein

La guerre d'Iran a momentanément éclipsé l'affaire Epstein que les médias gourmands de sensationnel ont focalisée sur la personnalité scabreuse de ce maquereau qui monnayait des jeunes filles à de riches pervers. Pourtant, ce n'était pas l'essentiel de son activité ; il était l’espion ou pour le moins, l'honorable correspondant d'une secte d'influenceurs bénéficiant de la protection de plusieurs services de renseignement.

Ses liens intimes avec de très hautes personnalités de tous les pays interrogent. Quelle était la nature de ses conversations avec les Altesses britanniques, norvégiennes, saoudiennes ? Avec les oligarques russes et kazakhs ? Avec les hommes politiques américains, israéliens, japonais, français… ? À qui rendait-il compte ? 

Les réponses à ces devinettes,  ne se dévoilent pas encore clairement à l'analyse des millions de témoignages posthumes laissés par ce séduisant sale type, mais on peut déjà en dessiner les ombres. 

Pour se protéger ou exercer des chantages, il a méticuleusement archivé toutes les correspondances numériques sonores et visuelles de ses activités. On n'y trouve pas seulement des vidéos de parties de jambes en l'air, mais aussi celles de repas d'affaires et de réunions amicales où l'on échange des confidences. Epstein espionnait tous ceux qui l'approchaient. Son avion, son île, ses résidences de New-York et de Paris étaient des studios d'enregistrement clandestins.

Parmi ses copains figuraient notamment des progressistes de la gauche caviar. Le plus proche était Noam Chomsky. Ce philosophe, qui a aujourd'hui 97 ans, est l’un des plus grands intellectuels américains contemporains. L'influence de sa pensée est immense ; il est haï de toutes les droites  extrêmes du monde, surtout de celle d'Israël qui le qualifie de « traître et ennemi de son peuple ».

Chomsky partageait avec Epstein « en tout bien tout honneur », une connivence étonnante qu'atteste la familiarité de leurs nombreuses conversations enregistrées, qui n'ont pas encore été entièrement révélées. Tout comme celles avec le génial physicien britannique Stephen Hawking, ou avec son collègue canadien Lawrence Krauss, ou encore avec le biologiste autrichien Martin Nowak.

Ces sommités du savoir ont en commun leur rationalisme scientifique. Ils sont sceptiques, agnostiques, antithéistes. En France, on dirait libres-penseurs, laïcs. Mais aux États-Unis et en Israël (et dans les trois quarts des pays du monde), où la religion se confond avec la politique, l'incroyant est nécessairement un « révolutionnaire ». Devant cette myriade de célébrités, il est commode d'imputer à leurs affinités l'apparence d’une complicité de vice; de sexe and money. Mais lorsqu'on écarte la boue, on détecte dans les échanges privés entre ces pontes de l’université ou de la politique avec le pédo-criminel, la gestation de projets insoupçonnés.

Ainsi en est-il à propos de l’avenir d’Israel.

L'écoute d'extraits de l'enregistrement de plus de trois heures d'un dîner à New-York en 2013 avec l'ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Lawrence Summers, et Ehud Barak est stupéfiante. 

L'Israélien, qui a aujourd'hui 84 ans, est une légende des services de renseignement de l'État hébreu. Engagé volontaire à 17 ans, il a gravi tous les échelons jusqu'à celui de chef d'état-major des armées ; puis il a entamé une carrière politique en devenant plusieurs fois ministre (Affaires étrangères, Défense). C'est l'homme de tous les services secrets.

À l'époque de ce dîner chez Epstein, il est encore Premier ministre d'Israël, mais, se sachant sur le départ, il sollicite quelques conseils pour sa reconversion comme homme d'affaires. Où est-il le plus rentable d'aller exercer ses talents : Azerbaïdjan, Kazakhstan, Libye, Mongolie ?

Puis la conversation roule sur l'avenir de l'État hébreu et de son rééquilibrage démographique. « L'arrivée d'un million de Juifs russes a radicalement changé Israël », constate Barak, qui confesse avoir dit à Poutine : « Ce qu'il nous faut, c'est juste un million (de Juifs russes) de plus ! » Il explique à Summers et Epstein qu'il conviendrait de contrôler la qualité de l'immigration en Israël et « d’ouvrir la voie de la conversion massive au judaïsme en assouplissant les conditions qu'imposent actuellement les Juifs orthodoxes »

Pour Barak, le rêve du Grand Israël n'est pas seulement la colonisation des terres du voisin mais l'immigration massive de populations chrétiennes judaïsées. Entre les évangélistes américains et leurs frères juifs dans la foi, il n’y a qu’un pas à franchir. Certes, Barak ne va pas comme certains progressistes israéliens jusqu’à suggérer de valider le test ADN comme preuve suffisante de la filiation juive d’un chrétien et par conséquent de son droit à la citoyenneté israélienne !… mais l’idée fera son chemin. 

L'intérêt d'Epstein pour la théologie prospective loufoque se confirmera quelques années plus tard. En 2017, avec la complicité d'un homme d'affaires saoudien, il importe clandestinement, en les faisant passer pour de l'artisanat sans valeur, des fragments du drap noir brodé (kiswa) qui recouvre la pierre sacrée à La Mecque. Cette fantaisie insensée rappelle celle du saoudien MBS , autre copain de Epstein, qui acheta 450 millions de dollars (pour l’offrir à Trump ?) le présumé « Salvator Mundi » de Léonard de Vinci.

Quelle jubilation pouvait attendre un Juif incroyant et dépravé de la contemplation d'une relique touchée par 10 millions de musulmans exhibée dans le lupanar de son île privée des Caraïbes ?

Rappeler que ce milieu infâme a rassemblé nombre des élites qui influencent encore la politique du monde. Ça fait froid dans le dos.

Marc Endeweld, journaliste d'investigation, décrypte minutieusement les millions de documents des Epstein Files. Il faut absolument lire ses articles dans Big Picture: https://marcendeweld.substack.com/


mercredi 18 février 2026

Boualem Sansal de l'Académie française

Lorsqu'un homme de lettres algérien est élu à l'Académie française,  l'écrivaillon blogueur franco-tunisien par voisinage de paysage, par fraternité de culture ou inconvenante vanité s'oblige à commenter. D'autant qu'à Alger, Tunis, Rabat  c'est le silence. L'Afrique du Nord est indifférente à la proclamation de l'immortalité francophone d'un des siens. Ah si l'impétrant au lieu d'écrire de savantes et courageuses vérités avait poussé le ballon, gagné l'Euro-million ou marié la Kardashian ! Déjà, en 2005, l'élection de la grande écrivaine Assia Djebar avait été reçue avec la même indifférence. Sansal après Djebar et Senghor sera le troisième africain de l'histoire à rejoindre l'Académie. Ce n'est pas une petite gloire que de franchir ce plafond de verre haut comme le ciel  ! Ne boudons pas notre admiration.


Aux grands Hommes sachant écrire, la France reconnaissante

L’Académie a pour mission « de donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

Être élu à siéger Quai de Conti, c'est la dignité suprême, c'est le Panthéon de son vivant. 

L’Académie française est une assemblée de notables lettrés en fin de vie, qui se régénère depuis 1635 par la volonté du cardinal de Richelieu selon  un rituel immuable; le fauteuil vide de celui qui disparait est comblé par celui ou celle qu'élisent les survivants.

On dénombre 746 immortels dont moins d'une quarantaine bougent encore... provisoirement. Ils perpétuent la tradition de leurs prédécesseurs. Qu'un des quarante fauteuils vienne à être endeuillé, il est remplacé par un jeune de moins de 75 ans ! Boualem, qui a passé l'âge, par dérogation, succèdera à Jean Denys Bredin lequel avait pris la place de Marguerite Duras, première femme a être admise à l'Académie. Le plus illustre attributaire du fauteuil numéro 3 fut Georges Clemenceau, élu malgré lui à son corps défendant en 1918. Il refusa obstinément d'y poser son postérieur.


Élus pour l’éternité

Les candidats se bousculent au portillon tant est grande la vanité d'endosser l'habit brocardé, car au soir de l'existence il est la certitude réconfortante de funérailles en grande pompe avec l'hommage de la Nation. L'Académie française défie les lois de l'entropie, elle traverse les guerres et les révolutions, elle est éternelle, elle est caméléon  ; elle a accueilli au cours de ces derniers siècles toute la diversité politique des élites du moment. Elle fut monarchiste, bonapartiste, républicaine, pétainiste, gaulliste, giscardienne... Elle est encore un peu de tout cela mais aujourd'hui elle est au surplus passablement arc-en-ciel et modérément plurielle  ; on y trouve des natifs de tous les continents. Il y a même deux arabes  :  le libanais Amin Maalouf et depuis quelques jours l'algérien Boualem Sansal.



Roman d’auteur 

Je n'étais pas invité aux présentations, mais au hasard de mon oisiveté je  baguenaudais au quartier Latin. Je me suis reposé sur le rebord du Quai de Conti entre deux coffres à bouquinistes, cependant qu'en face devant le dôme de l’Académie, se déroulait un événement que je ne pouvais qu'entrevoir mais que j'ai imaginé. Alors comme à mon habitude, sur mon carnet, j'ai élucubré.


Un petit groupe d'académiciens se pressaient sur le perron autour de celui qu'ils avaient élus quelques jours plus tôt à l'unanimité. Accueillant Boualem Sansal, Amin Maalouf a ouvert  les bras et murmuré à l'oreille  marhaba  !  Puis à l'issue d'une conviviale et joyeuse cérémonie autour d'un délicieux buffet de petits fours, le Secrétaire perpétuel prenant la main de Boualem, le conduisit doucement vers le petit salon au coin de son vaste bureau, là où les tableaux, les rideaux et les tapis précieux étouffent les confidences.


À huit clos

Assis dans des fauteuils aux accoudoirs trop hauts qui leur faisaient hausser les coudes, devant une table où un simple bouquet d'épis de blé noué d'un ruban tricolore avait été posé et aussi une élégante bonbonnière remplie de chocolats et de pâtes de fruits, les deux hommes en recueillement s'attardaient dans une mutuelle contemplation. Pour rompre le silence, Boualem en essuyant du revers de la main une larme qui perlait sur sa joue dit d'une voix enrouée «  Pardon Maître d'afficher sans pudeur mon émotion. Elle vous dit ma joie d'être ici avec vous… » 

Pour l'interrompre, Amin leva doucement la main 

«  Il est de tradition entre académiciens de se donner du Maître, mais ici entre nous je ne suis pas le maître, mais l'élève  ; et puis ce vouvoiement qui est de rigueur ne s'impose pas à notre intimité, il est étranger à notre langue maternelle d'origine – silence- qui est... le phénicien. Ne sommes nous pas tous deux héritiers de la Reine Didon  ?  » 

Avec un sourire malicieux et pour mettre à l'aise son invité, le Secrétaire perpétuel qui n'avait toujours pas baissé la paume de sa main récita en arabe d'une voix douce une strophe d'Irada el Hayat (La volonté de vivre) du poète tunisien Abu Kacem Chebbi auquel répondit Boualem par quelques vers du Brésilien Chafik Maalouf  : Toujours l’œil aux aguets, dans un battement d’ailes, ils quittèrent leur nid en chantant, ces oiseaux, dans l’espoir de revivre le bonheur d’autrefois...Le sourire éclaira la face des deux académiciens complices comme deux collégiens. Il savourèrent à nouveau un long moment de silence.


Puis, levant la tête, les yeux mi-clos comme pour chercher ses mots,, Boualem du bout de ses lèvres tremblantes fredonna quelques vers de Riyad Al Sumbati auxquels le perpétuel répondit en écho par un refrain de Bayram al Tounsi. Enfin, les deux académiciens entonnèrent à capéla  «  Y'a de la joie  ». Ainsi, par cet hommage en ce lieu à Um Kalthoum et Charles Trenet, la fusion des deux langues s'épanouie en chantant. 


L’étiquette et le protocole

Reprenant leurs esprits après cet intermède incongru, la conversation roula sur les préparatifs de la réception officielle de Boualem Sansal qui aura lieu l'été prochain, si le destin le veut bien.


Le fauteuil numéro 3 était occupé par le double maître en littérature et en plaidoierie Jean Denys Bredin. Selon les usages, le nouveau doit faire l'éloge du disparu. «  Je ne suis pas juriste, mais je possède l'expérience d'un repris de justice  ! » ironisa Boualem que les 360 jours de cachot à Alger ont aguerri. 

Il devra aussi préparer un discours de réception, sorte de confession littéraire et philosophique que les militants de l'Histoire falsifiée ne manqueront pas de scruter à la loupe pour y trouver prétexte à pugilat. L'écrivain qui a toujours été libre de ses mots n'a pas l'intention de les retenir en ces circonstances. 

Il devra aussi se choisir un costume. La tenue pour les cérémonies solennelles est codifiée. Bottines et pantalon noirs, chemise et nœud papillon blanc que recouvre une veste en queue de pie sombre ornée de feuilles d'olivier en soie verte enchâssées de broderies au fil d'or. C'est un costume à cinquante mille euros qui sera financé par d’amicales souscriptions. Pour les sorties, une simple capeline en laine qui pour la circonstance, pourra être remplacée par le burnous dans lequel Boualem s'enveloppait pendant les froides nuits de sa captivité. L'accoutrement se complète obligatoirement d'un couvre chef en forme de ridicule bicorne (que l'on tient sous le bras); il ne saurait absolument pas être remplacé par une chéchia à pompon.


L’arme suprême

Enfin, l'accessoire intime indispensable à tout académicien est son épée, symbole de sa gloire, sur laquelle est gravée sa profession de lettré. Nul ne peut être dispensé de la porter sauf les académiciennes pacifistes qui lui préfèrent le coupe papier ou une simple broche de bijoutier. 

On prête à Boualem l'intention de commander à l'armurier une réplique du sabre de l'Émir Abdelkader. Mais c'est aller au devant de difficultés  ! Il existe en effet trois reliques de l'objet  : l'épée de prise à la Smala, le sabre de la reddition, le yatagan offert par son fils. Ces tranchants qui n'attirent pas la curiosité des foules sont jalousement conservés dans des musées de province lesquels refusent obstinément de les restituer à l'Algérie. On se demande bien pourquoi  !

Le facétieux Boualem Sansal dont il convient désormais en toutes circonstances de faire suivre le patronyme de la mention «  de l'Académie française  » pourrait aussi aller chercher l'inspiration chez l'immortel Maréchal Liautey du fauteuil voisin n°4 où siège maintenant le bien vivant Jean-Christophe Rufin. 

Sansal osera t-il sur la lame de son épée graver le souvenir d'Abdelkader et de Liautey  ? Il pourrait y ajouter une référence à Bourguiba (libérateur de la femme tunisienne) et le Maghreb s'en trouverait ainsi par l'Académie française fraternellement réconcilié.


Lourde de multiples symboles, l'élection du Soljenitsyne algérien ravivera la guerre des portes plumes et des claviers. Fera elle  bouger les lignes  ?

L'important n'est pas là.

Dans son discours en séance publique de décembre dernier, Amin Maalouf l'a très justement rappelé  : 

«  Parfois les écrivains, après les pires épreuves, conçoivent leurs plus beaux livres  »