jeudi 17 octobre 2019

Tunisie, Kaïs Saïed le Président du rassemblement

Au café de Bab Souika, une jeune fille fredonne la chanson de Barbara : « regarde, quelque chose a changé, l'air semble plus léger, c'est indéfinissable... » Au terme d'une campagne électorale débridée, rocambolesque, riche en imprévus et en rebondissements, les Tunisiens retrouvent un semblant de sérénité. L'élu était attendu par tous ceux que la lente agonie du pays attristaient. Kaïs Saïed a été plébiscité. Il est l'espoir d'un pays que les errances politiques ont réduit à la mendicité. La démocratie exemplaire post révolutionnaire saluée dans le monde entier n'a pas consolé les Tunisiens de la dégradation constante de leur pouvoir d'achat et de l'enrichissement sans cause d'une mafiocrature rescapée de la dictature. L'élection de Kaïs Saeïd est un rebond salutaire de la révolution de 2011 dont nul ne mesure encore la portée.
La victoire d'une stratégie bien préparée  Avec 72,7%. des suffrages, l'homme providentiel a écrasé son concurrent Nabil Karoui dont les déboires judiciaires orchestrés lui ont valu l'estime des démocrates mais qui n'était pas du niveau. Déjà, le 15 septembre, au premier tour, Kaïs Saïed avait balayé 24 candidats dont des poids lourds de la vie politique sans vraiment faire campagne, en refusant même les subventions et les alliances. Il doit sa victoire à trois symboles forts : le slogan echaarb yourid, le peuple veut (cri de ralliement de la révolution de 2011) ; le geste patriotique du baiser au drapeau ;  et l'emblème de la carte de la Tunisie portant le fléau de la justice. Mais aussi et surtout à un discours sobre, spontané, saccadé. Des phrases courtes comme un tweet avec parfois des accents lyriques dans une langue arabe impeccablement maîtrisée sous toutes ses formes. Sa campagne a mis en échec les lobbystes et les agences de communication tunisiennes et étrangères recrutés à grands frais par ses concurrents qui proposaient la lune et des lendemains qui chantent. Raide, austère, avare de confidences, lui n'a rien promis d'autre que de la sueur et de l'équité. Churchill sans cigare, de Gaulle sans képi. « Le peuple qui veut » lui a donné carte blanche pour l'aider à reprendre son propre destin en main. Alors fort de son score du 13 octobre qui rassemble 2,7 millions de Tunisiens, - c'est plus que les voix additionnées aux législatives une semaine auparavant - le nouveau Président de la République est désormais maître du destin du pays. Le 30 octobre prochain lorsqu'il aura prêté serment, la Tunisie qui retient son souffle ne sera plus comme avant.
Une révolution des urnes à point nommé  L'élection de Kaïs Saïed dont le taux de participation 55% est le plus élevé des trois derniers scrutins intervient au moment où toute la classe politique était discréditée. L'Assemblée des 217 Représentants du Peuple souffre d'une réputation à la hauteur de son inaction. Ainsi, durant la mandature parlementaire 2014-2019 on a compté 32 mois sans aucune séance de dialogue avec le gouvernement, pas une des 6 commissions d'investigation n'est parvenue à une conclusion... Ces échecs sont notamment la conséquence de l'absentéisme récurent des élus, documentés par les observatoires indépendants Al Bawsala et Marsad qui soulignent par ailleurs (ceci explique peut-être cela ) l’indigence des moyens mis à la disposition de la représentation nationale : 0,09% du budget de l'État soumis au contrôle a priori et a postériori du gouvernement en négation du principe de séparation des pouvoirs. 
Un sondage d'opinion réalisé en août dernier par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux révélait avant les élections un indice de défiance et de suspicion de 76% envers les députés et de 81% envers les partis politiques. Il est en outre étonnant de constater que 62% des Tunisiens ne faisaient pas confiance à leur Président de l'époque, alors que son successeur est aujourd'hui élu avec un score de dix points supérieur à celui de leur méfiance d'hier. C'est pas ce constat d'adhésion que l'élection de Kaïed Saïed ouvre l'horizon d'un grand dessein au secours d'une démocratie en perdition.
Pas d'inauguration de chrysanthèmes ni de foire aux jasmins  Selon la constitution dont il est le gardien, le périmètre des attributions du Président se limitent à la diplomatie, la défense et la sécurité. Pour le reste, son pouvoir est celui d'un arbitre qui siffle les fautes du gouvernement.  Kaïs Saïed se contentera t-il de régner sans gouverner ? C'est improbable. Il n'est pas du genre à se prélasser dans un Palais de deux cents pièces vue mer dont le budget de fonctionnement est trois fois et demi supérieur à celui de l'assemblée des députés. Il n'a pas été élu pour profiter d'un emploi de retraité à temps partiel: nominations, inaugurations, décorations, voyages à l'étranger... Il ne s'installera pas dans le confort et les dorures surannées de Carthage au milieu de 2 600 gardes républicains en tenue de Fantasio. Les symboles, les manières et les fastes du passé vont être épurés. C'est la fin du style République bananière hérité du siècle passé. Pour bien marquer les esprits, au lendemain de son élection, il est descendu comme d'habitude boire son crème au café du coin. Une posture de démocrate scandinave ou suisse, parfaitement inédite sous cette latitude arabe et africaine.
Un gaulliste assumé  Professeur de droit constitutionnel, le nouveau Président est un admirateur de Charles de Gaulle. Sur les pas du grand homme, il a déjà esquissé son propre « discours de Bayeux ». Dans une interview accordée à l'Obs – magazine fondé par Jean Daniel, ami fidèle de la Tunisie et de Bourguiba - il expose sa vision totalement inédite : « … je souhaite une nouvelle organisation politico-administrative qui parte du bas vers le haut... La souveraineté appartient au peuple, tout doit partir de lui. C’est pourquoi, je souhaite aussi que les mandats des élus soient révocables. La constitution prévoit ses modalités de révision. Bien sûr il faut la majorité des 2/3 ce qui n’est pas facile, surtout avec l’éparpillement des voix. Ce sera à la chambre des députés de prendre ses responsabilités devant le peuple. » Le message est clair, conformément à la constitution, le nouveau Président déposera sans tarder un projet d'amendement. Les députés feront-ils de la résistance ? C'est improbable car le score présidentiel de 72,7% a modifié les rapports de forces. Dans la crainte d'une dissolution, ils feront allégeance d'autant que le nouveau Président en se proclamant indépendant à jamais, s'est positionné au dessus des querelles partisanes.
La nouvelle démocratie  Kaïs Saïed sera vite jugé sur son habileté à amender le régime parlementaire d'une chambre introuvable et d'un gouvernement ingouvernable. Son dessein et sa méthode ne sont pas improvisés.
La façon dont il a mené sa campagne en ayant l'air de ne pas y toucher démontre une intelligence et une habileté singulières longuement muries. On le croit isolé alors qu'il est probablement discrètement entouré. Le Président sait qu'il devra profiter de la dynamique de son élection et de l'état de grâce pour vaincre le mur de l'argent élevé par la communauté de connivence qui gangrène l'économie. Il disposera du soutien populaire des « ouridoun », les volontaires qui ne tarderont pas à s'organiser spontanément en mouvement de citoyens « sans-culottes ». Il pourra compter sur la loyauté des militaires qui pour la première fois étaient appelés à voter. Mais il devra aussi très vite marquer son autorité sur les forces de sécurités pour combattre la corruption et la contrebande. Reste l'administration et la gestion du pays, dévolues au Chef du gouvernement que le leader du parti majoritaire devra proposer au nouveau Président. La négociation portera sur des objectifs à résultats immédiats. Heureusement, la Tunisie ne manque pas de talent et le patriotisme économique est une valeur en renaissance dans la jeunesse. Toutes ces échéances réserveront beaucoup de surprises.
Une élection aux conséquences internationales   La popularité de l'homme nouveau devrait gagner l'ensemble du monde arabe où ses propos solidaires de la cause palestinienne sont repris sur les réseaux sociaux : « toute relation avec Israël est un acte de haute trahison ! » On attend de découvrir avec gourmandise le discours qu'il fera au prochain sommet arabe et la tête que lui réserveront ses collègues.  
Sitôt intronisé, le Président tunisien a promis que son premier déplacement sera pour Alger car l'histoire, la géographie et la bienséance imposent une visite de courtoisie à ce grand voisin où il est déjà acclamé. Ailleurs, on se renseigne, on tâte le terrain, on cherche un angle. Paris est déconcerté par cet inconnu que nul n'a vu venir et qui n'est pas comme tous ses prédécesseurs diplômé du Quartier latin.


dimanche 29 septembre 2019

Chirac chez Bourguiba

Bien avant le Roi du Maroc et le Sultan d'Oman, le Président Bourguiba fut l'amphitryon de Jacques Chirac. Il n'était pas d'année sans que le député ou ministre leader du RPR de l'époque ne passât quelques journées d'hiver au Sahara Palace dans la douce palmeraie de Nefta aux portes du désert. Promenades romantiques; réunions discrètes et tractations secrètes avec des hommes politiques de tous bords; rencontres « fortuites » avec des touristes; parties de rigolade chez le mage Taleb Ammar qui lisait l'avenir dans le sable; farniente au bord de la piscine en bouffant des dattes et des amandes un verre de bière à la main. Dans cet espace de liberté et de laisser- aller, jamais épié ni trahi, Chirac se sentait à l'aise. Il se ressourçait mieux qu'en Corrèze. Bourguiba qui veillait sur sa tranquillité le conviait à déjeuner lorsqu'il sollicitait une audience.

En 1981, le Président tunisien qui passe prématurément pour gâteux à cause d'une mâchoire tremblotante provoquée par une opération dentaire malheureuse, suit d'heure en heure la campagne présidentielle française. Le Président Giscard d'Estaing qui se représente pour un second mandat, et pour lequel son homologue tunisien a une admiration fidèle, risque d'être mis en difficulté par la candidature incongrue de Jacques Chirac son allié d'hier. C'est une trahison marmonne sans cesse Bourguiba qui redoute l'élection de Mitterrand avec lequel, malgré de nombreux amis communs, il n'a jamais copiné. Les résultats du second tour le mettent en fureur. Chirac a fait perdre la droite. Il est aussitôt déclaré persona non grata à Carthage.
À force d'interventions et de manœuvres de séduction, Bourguiba finit pas se laisser convaincre de le recevoir, mais de façon strictement protocolaire. Après tout, Chirac est maire de Paris.

Dans un carnet de mémoires, un témoin rapporte la scène : 
Flanqué de l'ambassadeur de France, Chirac tout sourire se précipite et débite un compliment chaleureux. Long silence de Bourguiba qui fait semblant de chercher ses mots, puis déclame la célèbre tirade de Flambeau d'Edmond Rostand dans l'Aiglon

Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions....

Et reprenant son souffle, Bourguiba théâtral enchaine

Et voilà ! C'est le traître d'Essonnes !
Et pour dire : trahir....le peuple – tu frissonnes ? -
Le peuple a fabriqué le verbe raguser !
Ne vous laissez donc pas en silence accuser

Chirac est blême, le sourire éclatant est crispé. Il fait mine de ne pas avoir compris l'allusion au Maréchal Marmont, duc de Raguse qui trahit Napoléon. 
Pendant des mois, en petit comité, Bourguiba s'amusera à conjuguer le verbe "chiraquer" avant d'être lui même... mais ceci est une autre histoire.





samedi 28 septembre 2019

Comment le Yémen a vaincu MBS et Trump

À la façon de Geneviève Tabouis, l'auteur de ces lignes prédisait il y a quelques années que la coalition militaire saoudienne se casserait les dents au Yémen. Aujourd'hui, non seulement une armée de squelettes affamés a repoussé les légions de mercenaires conduites par des officiers repus, mais elle menace directement les infrastructures vitales de l'Arabie et fait trembler les marchés de Londres et de New York. Elle pourrait bien demain imposer ses conditions à la reddition des Saoudiens qui prétendaient hier encore la soumettre.
Asterix le Houthi
La référence à Astérix n'est pas caricaturale quand on mesure l'écart entre les forces en présence. À l'origine on trouve d'un côté la résistance des Houthis soit environ cent mille combattants qui ont conquis la capitale Sanaa avant de fédérer la plupart des tribus du nord et du sud à l'exception de l'Hadramaout occupé par Al Qaïda. De l'autre côté à l'offensive, les forces armées d'Arabie et des Émirats Arabes Unis coalisées, servies par des régiments de mercenaires, le tout formé et équipé par les États Unis et l'Europe. Soit des centaines d'avions de combat, des milliers de chars et de canons, une puissance de feu en matériels conventionnels terrestres et aériens supérieure à celle de la France. 
Depuis 42 mois, le Prince MBS héritier du Royaume d'Arabie tente de mettre à genoux ses voisins : 16 000 raids aériens selon les agences de renseignement soit un chapelet de bombes toutes les deux heures, des offensives de chars, des tirs de salves de missiles... Bilan : des centaines de milliers de civils tués ou mutilés, des millions d'affamés.
Rares sont ceux qui avaient prédit que les agressés résisteraient jusqu'au dernier, mais aucun n'avait imaginé que les petits guerriers yéménites en jupe bariolé renverseraient la situation militaire en leur faveur. Tout comme le Hezbollah au Liban qui nargue Israel, les Houthis à la tête du Yémen défient l'Arabie Saoudite. Ces « ONG de résistance armée » mettent en échec les forces d'États puissants. Ce type de confrontation par procuration n'est pas inédit, mais ce qui est nouveau c'est que les armes du pauvre se révèlent bien plus dissuasives que celles du riche.
La révolution des armements
La couteuse quincaillerie exposée dans les salons internationaux de l'armement est frappée d'obsolescence. Les armes cybernétiques et téléguidées sont bien plus redoutables que les chasseurs bombardiers, les tanks, les frégates et même les portes-avions. Elle menacent désormais les infrastructures stratégiques et mettent en échec tous les systèmes de défense. La récente attaque qui a perturbé la production pétrolière saoudienne en est un récent exemple. 
Il faut savoir qu'avant d'être exporté, le pétrole d'Arabie doit être débarrassé de ses impuretés en passant dans de gigantesques « lessiveuses ». La principale d'entre elles, Abqaiq, a été bombardée le 14 septembre dernier ; paralysant le quart de la production de l'Arabie pour des mois voire des années, car on ne trouve pas sur étagère les pièces de rechanges pour ce type d'installations. Le coup est très dur pour la Saudi Aramco qui était sur le point de lancer son offre de privatisation. Qui en ce moment voudra se porter acquéreur d'une entreprise ciblée ? C'est de surcroit un signe de malvenue pour Abdulaziz ben Salman, fils du roi et frère de MBS qui venait d'être fraichement nommé ministre de l'énergie.
Cet attentat revendiqué par les Yéménites est un secret mystère. D'où ont été tirés les projectiles ? Les radars des avions AWACS, les satellites géostationnaires, les drones de haute altitude et autres observateurs d'alerte sophistiqués capables de détecter une taupe dans votre jardin n'ont rien vu venir. La confirmation de l'usage de projectiles furtifs à longue portée indétectables constituerait une révolution sans précédent dans le petit monde de l'armement car il conférerait à son possesseur une supériorité décisive sur tous les théâtres d'opérations. Quel est le pays qui a mis au point le missile invisible ? Question qui taraude tous les États Majors militaires du monde au point que certains « spécialistes » préfèrent pour se rassurer, attribuer les frappes à un essaim de deux douzaines de petits drones téléguidés par des opérateurs à vue ou dissimulés à quelques kilomètres de la cible. Ils évoquent des engins aux composants disponibles dans le commerce pour cinq à dix mille euros qui auraient été astucieusement armés et bricolés par des émules de MacGyver. Les drones auraient été acheminés en pièces détachées par des caravanes de dromadaires, puis assemblés discrètement sous des tentes qui auraient pareillement dissimulées les rampes de lancement. Pour échapper aux radars, les engins auraient volé en rase motte depuis les quelques kilomètre qui les séparaient de leurs cibles. Cette hypothèse est plausible, mais elle suppose de solides complicités locales et révèlerait alors l'existence d'une « cinquième colonne » d'insurgés maquisards saoudiens. Ce que nul penseur unique ne saurait admettre car en son royaume, MBS n'a plus d'ennemi encore en vie.
Cet acte de guerre spectaculaire a secoué le prix du baril et effrayé les marchés qui se demandent avec colère quelles seront les prochaines cibles de ces yéménites qui ont désormais la folle audace de s'attaquer au pétrole sacré.
Les américains prévoient le pire
Pour connaître les prochains objectifs dans le collimateur des Yéménites, nul besoin d'être devin. Il suffit de parcourir l'excellent travail des chercheurs américains qui ont probablement quelques lecteurs dans les montagnes reculées du Yémen. Le 5 août dernier, sous le titre « Iran’s Threat to Saudi Critical Infrastructure » the Center for Strategic & International Studies qui est proche du Pentagone, publiait la liste des sites saoudiens vulnérables. Le talentueux CSIS rappelait que la production du pétrole d'Arabie est stabilisée dans des usines de stabilisation dont la plus vulnérable est Abqaiq ». « ...Abqaiq is the most vulnerable. It is the world’s largest oil processing facility and crude oil stabilization plant, with a capacity of more than 7 million barrels per day (bpd) ».  C'est précisément celle qui a été attaquée le 14 septembre. Autres maillons faibles pointés dans ce rapport, les deux stations de pompage de l'oléoduc de 1200 km reliant le golfe à la mer Rouge: Al-Duwadimi et d’Afi . Bien vu. Elles ont été attaquées et gravement endommagées en mai dernier. Pudiquement, le rapport ne dit pas que les boucliers d'interception Thaad acquis en 2017 pour 15 milliards de dollars et les 6 batteries de Patriot à un milliard pièce n'ont rien vu passer ! Il préconise même le renforcement de ces couteux équipements inopérants, alertant au surplus que des menaces d'attaques pèsent sur neuf raffineries et sur les trois terminaux du plus grand port pétrolier du monde, Ras Tanura. Les conséquences internationales de leur neutralisation ne sont pas documentées, mais on imagine avec peine les conséquences d'un super choc pétrolier. Des observateurs se sont demandé à qui profiterait une soudaine flambée du prix du baril de pétrole ? À l'Iran, à la Russie, aux États Unis.... ? Et si tout simplement les Yéménites et un groupe de réfractaires saoudiens s'étaient alliés pour punir et chasser les Salman du trône ? Il est révélateur que ces attaques n'aient fait aucune victime : comme si on avait voulu épargner la fratrie et surtout, ne pas se comporter comme les sanguinaires que l'on combat.
L'arme de dissuasion suprême
Sous la pression de cette avalanches de menaces, les négociations en coulisses vont bon train. Les Emirats Arabes Unis qui ont perdu des dizaines d'officiers dans les combats d'Aden et d'Hodeida sont terrorisés à l'idée d'une attaque sur Dubaï ou Abu Dhabi qui aurait des conséquences inimaginables sur leur devenir. Alors, ils ont préféré jeter l'éponge et se sont retirés du bourbier. Reste l'Arabie de Ben Salman et l'Amérique de Trump qui s'obstinent encore, croyant que quelques GI et rampes de missiles de plus pourront sauver leur dynastie d'une déchéance programmée. Dans ce contexte, il est probable que les Yéménites qui exigent en préalable l'arrêt des bombardements, feront encore monter la pression et réclameront des compensations et réparations pour dommages de guerre. Le CSIS documente d'autres infrastructures vulnérables. Notamment les systèmes de contrôle et d'acquisition de données en temps réel (SCADA) qui a déjà été attaqué par des hackers, mais surtout il mentionne l'arme suprême, non encore été utilisée : celle de la soif. L'eau de mer désalinisée représente 70% de la consommation d'eau potable de l'Arabie. Il existe 7 500 usines de traitement sur le Golfe Persique. La plus gigantesque au monde est celle de Ras el Khair. C'est un otage en puissance. Le complexe industriel alimente en eau douce la ville de Riyad grâce à deux tubes d'acier de 2 mètres de diamètre et de 450km de long qui débitent 800 millions de m3 par jour ! L'attaque ou le sabotage des installations de Ras el Khair condamnerait à la débandade 6 millions d'habitants. Les prédicteurs savants ont calculé que la population aurait très exactement huit jours pour évacuer la capitale. Attendez vous donc à savoir que le pire sera peut-être évité.