mardi 10 mars 2026

Dans l'ombre de la secte Epstein

La guerre d'Iran a momentanément éclipsé l'affaire Epstein que les médias gourmands de sensationnel ont focalisée sur la personnalité scabreuse de ce maquereau qui monnayait des jeunes filles à de riches pervers. Pourtant, ce n'était pas l'essentiel de son activité ; il était l’espion ou pour le moins, l'honorable correspondant d'une secte d'influenceurs bénéficiant de la protection de plusieurs services de renseignement.

Ses liens intimes avec de très hautes personnalités de tous les pays interrogent. Quelle était la nature de ses conversations avec les Altesses britanniques, norvégiennes, saoudiennes ? Avec les oligarques russes et kazakhs ? Avec les hommes politiques américains, israéliens, japonais, français… ? À qui rendait-il compte ? 

Les réponses à ces devinettes,  ne se dévoilent pas encore clairement à l'analyse des millions de témoignages posthumes laissés par ce séduisant sale type, mais on peut déjà en dessiner les ombres. 

Pour se protéger ou exercer des chantages, il a méticuleusement archivé toutes les correspondances numériques sonores et visuelles de ses activités. On n'y trouve pas seulement des vidéos de parties de jambes en l'air, mais aussi celles de repas d'affaires et de réunions amicales où l'on échange des confidences. Epstein espionnait tous ceux qui l'approchaient. Son avion, son île, ses résidences de New-York et de Paris étaient des studios d'enregistrement clandestins.

Parmi ses copains figuraient notamment des progressistes de la gauche caviar. Le plus proche était Noam Chomsky. Ce philosophe, qui a aujourd'hui 97 ans, est l’un des plus grands intellectuels américains contemporains. L'influence de sa pensée est immense ; il est haï de toutes les droites  extrêmes du monde, surtout de celle d'Israël qui le qualifie de « traître et ennemi de son peuple ».

Chomsky partageait avec Epstein « en tout bien tout honneur », une connivence étonnante qu'atteste la familiarité de leurs nombreuses conversations enregistrées, qui n'ont pas encore été entièrement révélées. Tout comme celles avec le génial physicien britannique Stephen Hawking, ou avec son collègue canadien Lawrence Krauss, ou encore avec le biologiste autrichien Martin Nowak.

Ces sommités du savoir ont en commun leur rationalisme scientifique. Ils sont sceptiques, agnostiques, antithéistes. En France, on dirait libres-penseurs, laïcs. Mais aux États-Unis et en Israël (et dans les trois quarts des pays du monde), où la religion se confond avec la politique, l'incroyant est nécessairement un « révolutionnaire ». Devant cette myriade de célébrités, il est commode d'imputer à leurs affinités l'apparence d’une complicité de vice; de sexe and money. Mais lorsqu'on écarte la boue, on détecte dans les échanges privés entre ces pontes de l’université ou de la politique avec le pédo-criminel, la gestation de projets insoupçonnés.

Ainsi en est-il à propos de l’avenir d’Israel.

L'écoute d'extraits de l'enregistrement de plus de trois heures d'un dîner à New-York en 2013 avec l'ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Lawrence Summers, et Ehud Barak est stupéfiante. 

L'Israélien, qui a aujourd'hui 84 ans, est une légende des services de renseignement de l'État hébreu. Engagé volontaire à 17 ans, il a gravi tous les échelons jusqu'à celui de chef d'état-major des armées ; puis il a entamé une carrière politique en devenant plusieurs fois ministre (Affaires étrangères, Défense). C'est l'homme de tous les services secrets.

À l'époque de ce dîner chez Epstein, il est encore Premier ministre d'Israël, mais, se sachant sur le départ, il sollicite quelques conseils pour sa reconversion comme homme d'affaires. Où est-il le plus rentable d'aller exercer ses talents : Azerbaïdjan, Kazakhstan, Libye, Mongolie ?

Puis la conversation roule sur l'avenir de l'État hébreu et de son rééquilibrage démographique. « L'arrivée d'un million de Juifs russes a radicalement changé Israël », constate Barak, qui confesse avoir dit à Poutine : « Ce qu'il nous faut, c'est juste un million (de Juifs russes) de plus ! » Il explique à Summers et Epstein qu'il conviendrait de contrôler la qualité de l'immigration en Israël et « d’ouvrir la voie de la conversion massive au judaïsme en assouplissant les conditions qu'imposent actuellement les Juifs orthodoxes »

Pour Barak, le rêve du Grand Israël n'est pas seulement la colonisation des terres du voisin mais l'immigration massive de populations chrétiennes judaïsées. Entre les évangélistes américains et leurs frères juifs dans la foi, il n’y a qu’un pas à franchir. Certes, Barak ne va pas comme certains progressistes israéliens jusqu’à suggérer de valider le test ADN comme preuve suffisante de la filiation juive d’un chrétien et par conséquent de son droit à la citoyenneté israélienne !… mais l’idée fera son chemin. 

L'intérêt d'Epstein pour la théologie prospective loufoque se confirmera quelques années plus tard. En 2017, avec la complicité d'un homme d'affaires saoudien, il importe clandestinement, en les faisant passer pour de l'artisanat sans valeur, des fragments du drap noir brodé (kiswa) qui recouvre la pierre sacrée à La Mecque. Cette fantaisie insensée rappelle celle du saoudien MBS , autre copain de Epstein, qui acheta 450 millions de dollars (pour l’offrir à Trump ?) le présumé « Salvator Mundi » de Léonard de Vinci.

Quelle jubilation pouvait attendre un Juif incroyant et dépravé de la contemplation d'une relique touchée par 10 millions de musulmans exhibée dans le lupanar de son île privée des Caraïbes ?

Rappeler que ce milieu infâme a rassemblé nombre des élites qui influencent encore la politique du monde. Ça fait froid dans le dos.

Marc Endeweld, journaliste d'investigation, décrypte minutieusement les millions de documents des Epstein Files. Il faut absolument lire ses articles dans Big Picture: https://marcendeweld.substack.com/


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