jeudi 19 mars 2026

Partie de golf, jeu d'échecs et de go à Ormuz


Les prix à la pompe flambent, la pénurie et le rationnement risque de compromettre les vacances de l’été prochain. Les perspectives d’inflation, de récession, de chômage et de désordre n’alertent pas encore les responsables politiques européens. En troupeau, ils se laissent conduire au chaos par un Trump sénile, sous l’influence des orthodoxes israéliens et des évangélistes américains qui l’ont persuadé de sa mission biblique. Cette pensée religieuse inspirée du fond des âges est en train d’anéantir notre héritage culturel le plus précieux gravé sur une pierre en basalte il y a 3 800 ans à Babylone, celui de la justice.

Démocratie en dérive et effondrement du droit 

Insidieusement, la grande démocratie d’Amérique vire au fascisme. L’histoire bégaye.

« L’œuvre est en bonne voie, ils ne s’arrêteront plus, ils nazifieront, ils promulgueront des lois racistes, ils auront leur Guépéou, leur Gestapo, leurs sections d’assaut… ils élimineront méthodiquement tous les adversaires d’hier et les récalcitrants d’aujourd’hui… nous verrons tout cela, nous le verrons sans doute de notre camp de concentration… » écrivait Léon Blum en juillet 1940 (L’oeuvre Albin Michel Éditions)

On guette un sursaut salvateur, mais la peur de la guerre civile paralyse les démocrates américains qui s’illusionnent encore de l’espoir d’un revirement aux prochaines élections dont chacun sait pertinemment que le parti MAGA contestera  les résultats et prendra à nouveau d’assaut le Capitole. 

À l’extérieur des États-Unis, la bande de tatoués à casquette est en train de démolir méthodiquement les institutions qui protègent la paix.. L’ONU est en état de « mort cérébrale ». Pour l’exemple, les juges de la Cour internationale de justice sont persécutés, interdits de voyager et de banque, ils sont bannis… pour avoir osé inculper Netanyahou ! Des chefs d’État étrangers sont kidnappés ou éliminés. Tous ces crimes se banalisent désormais dans l’indifférence. 

Les amis, les alliés traditionnels des États-Unis ne lèvent pas un sourcil. Désunis, ils sont allés faire allégeance au Maître, qui depuis, les traite en employés. Ils sont notés. Macron, 8/10, peut mieux faire. Le respect mutuel, l’indépendance et la souveraineté des nations, la coexistence pacifique sont devenues des notions ringardes.

Les guerres de Gaza, d’Iran et du Liban ne sont que la projection de puissance de deux décérébrés qui entendent asservir le monde. Les BRICS et le « Grand Sud » font le dos rond, ils laissent s’accomplir cette œuvre de décomposition des valeurs premières de l’Occident. Le temps joue en leur faveur. Aucune élection ne guette la survie de leur gouvernance. La Chine, malgré quelques désagréments et la Russie engrangerons les dividendes de cette guerre du pétrole qui affaiblira l’Amérique et l’Europe.

Le parcours de golf du Golfe

Sur le terrain de la grande compétition pour la domination du monde, les joueurs s’affrontent. Trump est un golfeur, Poutine un joueur d’échecs, Xi un joueur de go. La stratégie pour gagner un parcours de 18 trous est simple : il suffit de mettre une balle dans les alvéoles en un minimum de coups. C’est un exercice solitaire, sans autre vis-à-vis que la vanité de son score par rapport aux autres compétiteurs ailleurs. Les Chinois, les Russes, les Iraniens, les Arabes, les Turcs… ne savent pas arpenter les greens en poussant une balle, mais ils sont entraînés à affronter l’adversaire face à face dans l’exercice d’un jeu de stratégie combinatoire abstrait.

Les échecs russes, le tric-trac libanais ou turc, le jeu de go chinois consistent à vaincre l’adversaire en utilisant son cerveau pas le « swing » de son coup de rein.

Le mépris de l’adversaire

Pour Trump, les Iraniens sont des barbus en robes longues  chaussés de babouches, parfaitement incapables de réussir un « putt ». On comprend le gouffre qui séparait le président à casquette de l’homme fort de l’Iran Ali Larijani: mathématicien et philosophe spécialiste de Kant (1724-1804). À la Maison-Blanche personne n'a jamais feuilleté « Critique de la raison pure »! Il devenait donc urgent d’éliminer Larijani qui a commis l’erreur de parader au milieu de la foule dans les rues de Téhéran. Aussitôt repéré par les drones d’altitude et les satellites, il a été « fixé sur la toile d’araignée » sans aucune possibilité d’échapper. Ses déplacements ont alors été tracé au mètre près. Quelques jours plus tard, un Israélien a commandé le feu du missile qui l’a tué. Ce protocole d’exécution à distance est imparable. Il a fait dizaines de milliers de victimes à Gaza et au Liban. 

Le nom du philosophe imprudent s’ajoute à la longue liste des martyrs à venger. Désormais à Beyrouth et Téhéran, les cartésiens avisés ne sortent plus sans porter un masque de Mickey pour dérouter les logiciels de reconnaissance faciale.

Stratégie du meurtre ciblé et de la table rase

Après l’élimination de tous les chefs ennemis, l’objectif israélo-américain est d’aplanir l’Iran au bulldozer comme si c’était un golf ! Militairement traduit, cela revient à bombarder massivement. C’est la tactique Gaza. Mais ici comme hier en Afghanistan, l’ennemi se prépare depuis 47 ans ! Il est tapi à 60 mètres sous terre, sort par des trous de souris, riposte avec des moyens proportionnés qui font quelques dégâts sans causer de victimes mais dans des endroits où cela fait très peur. Les Israéliens courent aux abris, les étrangers fuient les Émirats et surtout tous les méga tankers sont à l’ancre. Nul n’ose franchir le détroit d’Ormuz sans la permission expresse des gardiens de la Révolution. Seuls les navires chinois ont un laisser-passer. Trump menace-t-il de bombarder le terminal pétrolier iranien, qu’aussitôt Téhéran prévient qu’en retour il ciblera Qatargaz et Aramco. Mille millions de mille sabords !

Le joueur de golfe est en mauvaise posture. Son scénario d’un corps expéditionnaire US débarquant sur la rive persique du détroit d’Ormuz est d’autant plus risqué qu’il a été anticipé par les mollahs. Une autre éventualité irresponsable – mais Trump ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît – serait de larguer une bombe nucléaire miniature pour vitrifier quelques montagnes et terroriser le monde entier. C’est son ultime joker qui fera basculer la planète dans l’inimaginable.

Alliés fragiles

Les pays riverains du Golfe sont les otages du champ de bataille, mais contrairement aux prévisions des Américains, aucun d’entre eux n’a accepté d’aller combattre des iraniens (fussent-ils chiites) pendant le mois de Ramadan aux côtés des Israéliens. Et puis mobiliser leur formidable armement contre l’Iran n’est pas sans risque, car seuls les officiers supérieurs sont des nationaux ; la troupe saoudienne et émirati est composée de « légions étrangères » musulmanes recrutées en Asie principalement au Pakistan. Leur fidélité est jugée incertaine dans un contexte d’affrontement fratricide.

Les monarchies du Golfe constatent aussi que cette guerre n'est pas la leur; que le ruineux parapluie militaire américain ne sert à rien et que ni Tel-Aviv ni Washington ne les dédommageront des dommages qu’ils ont subis.

Israel fait feu de tous bois, les attaques intempestives du Hezbollah lui ont donné prétexte d’envahir le sud du Liban et de bombarder Beyrouth. 1 000 victimes, un million de déplacés. Tyr, la cité de Didon, patrimoine de l’humanité est en danger. Au large de Chypre, non loin du pays du Cèdre enflammé, le président Macron sur le pont du porte-avions Charles-de-Gaulle propose timidement sa médiation. Cependant que Gaza et la Cisjordanie, oubliées de tous, agonisent lentement. La folle prophétie du « grand Israel » est en oeuvre.

La guerre du Ramadan

Évidemment, la rage gronde dans l’esprit de tous les musulmans,  ils jubilent discrètement des audaces suicidaires des Iraniens. Ils admirent l’entêtement sans limite des chiites. La mort face à l’ennemi en ce mois de Ramadan est une douce récompense qui assure un au-delà merveilleux. Le conflit du Ramadan laissera des cicatrices. La collaboration israélo-arabe est devenue impensable. Les royaumes arabes risqueront leur trône à ressusciter les accords d'Abraham. Nul ne sait encore quelle sera la géopolitique arabe au sortir du cataclysme dont le pire est peut-être à venir avec l’implication probable d’un acteur majeur: le Yémen.


Le Yémen épicentre du monde

En arabe, Yémen signifie « droite ». Pour autant, il est au centre de l’histoire contemporaine. Les soulèvements de la République socialiste du Yémen inféodée à Moscou en 1985 ont été les prémices de la chute de l’Empire soviétique. L’attaque contre l’USS Cole à Aden en 2000 préfigurait l’attentat des tours jumelles à New York en 2001. Pour les géopolitologues qui prétendent lire l’avenir dans le marc du café de Moka, les nuages du Yémen annoncent la tempête. Or, pour l’instant, le ciel est étrangement resté dégagé.

La devise des Houthis est: « Mort à l’Amérique, mort à Israël, maudits soient les Juifs, victoire à l’islam ». Tous les experts les présentent comme les fidèles auxiliaires de l’Iran. Mais jusqu’à présent, ils se sont contentés de dénoncer, de tempêter, de menacer. Ils ont lâché des mots mais retenu leurs missiles. Pourquoi les plus intransigeants et les plus combattifs ennemis d’Israël et des États-Unis n’ont-ils pas levé le canon de leur kalachnikov pour voler au secours de l’Iran ? 

C’est une énigme.

Il sont pourtant les maîtres des horloges car la géographie offre au pétrole arabe seulement deux issues : le Golfe, dont l’unique sortie est Ormuz contrôlé par l’Iran et la mer Rouge, qui est un couloir maritime entre Suez et le détroit de Bab el-Mandeb contrôlé par le Yémen. 

Retenue stratégique ou religieuse ?

Pour l’instant, les Houthis laissent passer les pétroliers qui chargent à Yanbu, sur la côte de l’Arabie saoudite, et vont approvisionner l’Asie. Ils pourraient ouvrir le feu de leurs missiles et drones mais ce serait tirer une balle dans le pied des « amis » Chinois ; alors ils se contentent de menacer les navires occidentaux, que les tarifs d’assurance de Lloyd’s dissuadent de se faufiler. 

D’aucuns prétendent que les Houthis, dont le gouvernement a été l’an dernier décapité par un bombardement ciblé des Israéliens, n’ont plus le cœur à la bataille. C’est peu probable.

D’autres pensent que des négociations secrètes aux contreparties sonnantes et trébuchantes avec les Américains et les Saoudiens ont calmé leurs ardeurs. C’est possible.

Une dernière explication, moins compréhensible en Occident mais logique chez les guerriers fanatisés, est que l’on ne fait pas la guerre pendant le saint mois de Ramadan, sauf pour se défendre et riposter à une attaque.

Les capacités de frappe depuis le Yémen sur Israël et sur les infrastructures vitales de l’Arabie voisine ont jadis prouvé qu’elles étaient redoutables. Si les Houthis, à la demande des Iraniens, menacent le 21 mars, jour  d’après Ramadan, d’embraser le pétrole et le gaz de toute la péninsule arabes, il est possible que des négociations seront aussitôt entamées. Pour prix de la paix, les tankers devront-ils au passage des détroits d’Ormuz et de Mandeb s’acquitter d’un droit de péage discrétionnaire selon la destination de la cargaison ?

La Chine, qui dispose dans le Golfe et la mer Rouge d’une trentaine d’implantations commerciales portuaires, est un acteur de l’ombre non négligeable, car elle importe 40 % de ses besoins en gaz et pétrole de cette région. L’ajournement de la visite que devait faire Trump à Pékin à la fin du mois de mars s’inscrit peut-être dans la perspective d’une trêve. 

Dans la vision extrapolée des règles du jeu de go, la Chine est le pion blanc, mais il faut espérer que sur la table du jeu d’échecs, les Houthis du Yémen ne sortent pas leur fou. 

Qui peut prédire comment se terminera la partie du golfe Persique de Trump ?

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