dimanche 11 décembre 2022

Gloire au Qatar

Jamais dans l'histoire diplomatique contemporaine le monde arabe et islamique n’aura autant qu’en cette fin d’année, accaparé le devant de la scène. Après le G20 en Indonésie, la COP 27 en Égypte, la francophonie en Tunisie, Xi Jinping a réuni en Arabie Saoudite les chefs d’États et de gouvernements arabes. Enfin la Coupe du monde de foot au Qatar est venu couronner cette séquence inédite dans les relations internationales. Le ballon est au centre de tout. Il assèche l’actualité. 

Un confetti puissant

Qatar: quatre lettres en français, seulement trois en arabe, deux syllabes qui mal prononcées se traduisent par « danger ». Qatar avec un « Q » comme « Quran », comme Questions.

Tout a été dit sur ce bac à sable accroché au rivage de l’Arabie face à l’Iran. Trois cent mille nationaux, deux millions d’immigrés provisoires. Une gigantesque base aérienne américaine. Une formidable bonbonne de gaz souterraine.  Ce pays n’est rien, pourtant son rayonnement est surprenant. Dans l’histoire, les exemples sont rares de cités-royaumes éphémères aussi puissantes. On pense à Venise, Florence, Cyrène…mais aucune de ces villes n’ont de leur temps égalé en influence celle du Qatar d’aujourd’hui.


Il y a dix ans deux journalistes décrivaient dans un livre retentissant  Le vilain petit Qatar, cet ami qui nous veut du mal. Actualisons: aujourd’hui le Qatar est gentil. Ce n’est pas vraiment un ami mais un associé. Il ne nous a jamais voulu du mal. Nous lui sommes indifférents parce que nous sommes différents. Nos valeurs, naissance, éducation… ne sont pas les mêmes. Ils sont des bédouins qui enfants, erraient nu-pieds entre des troupeaux de chameaux faméliques, ils ont appris à domestiquer l’arrogance du temps, ils savent d’où ils viennent et ne craignent pas d’y retourner.


Quant Tamim parle, tous les autres écoutent

L’organisation du Mondial de foot est l’exploit d’une vaste équipe de sponsors dont le plus fameux est un ancien Président de la République française. En second couteaux, une ex-légende du foot. C’est la turpitude de la diplomatie économique française, c’est le triomphe de la diplomatie qatarienne du carnet de chèques.  

L’émir Tamim Al Thani (en arabe Tamim accompli, parfait; Al Thani, le second, après le prophète) est l’héritier d’une famille de nationalistes habiles et pacifistes. Pour hisser son pays confetti au sommet de la notoriété mondiale, il n’a pas usé de canons, mais d’innocentes monnaies, il n’a pas envahi un voisin, ni appelé au jihad ni armé des milices, il a corrompu des Européens avides. Par sa méthode paisiblement efficace, il soumet les puissants, il engloutit les scrupules, il achète les consciences. Quand de passage à Paris, il confesse d’une voix douce dans un français parfait: « je cherche à investir car tous frais payés, mon pays enregistre un excédent d’un milliard de dollars par semaine !…»  Alors nos dirigeants avides qui perdent trois milliards dans le même temps se taisent. Quand Tamim parle, tout le monde écoute y compris quand ses propos paraissent insensés comme celui d’organiser le Mondial de foot à contre saison.


Balayer devant la porte

Forcément la richesse de cet arabe fait des jaloux. On lui cherche des poux dans la tête. Non pas pour ses infréquentables fréquentation d’Afghanistan, du Liban, d’Iran, de Palestine… ni pour son soutien fidèle aux Frères musulmans, mais parce qu’il ignore catégoriquement et définitivement Israël. Contrairement à l’Égypte, aux Émirats arabes unis, à Bahrein et au Maroc, il ne veut pas entendre parler d’accord Abraham. Est-ce par conviction ou en accord avec son puissant voisin l’Iran qui n’en finit pas de liquider sa révolution ? Toujours est-il que sans cette « tare » il serait prix Nobel de la Paix depuis longtemps et aurait obtenu la délocalisation de l’ONU de New York à Doha. 


Marc Beaugé, « journaliste fashionist » parisien spécialiste du noeud papillon et autres futilités, pérore dans un quotidien de référence: « la grande fête du ballon rond se passe au mieux, sans bière ni homosexuels, mais dans des stades climatisés construits par des ouvriers étrangers surexploités... » Il est à l’exemple du ton suffisant employé par la plupart de ses confrères de la presse « bien-pensante ». Albert Londres, si tu savais !…

Attendons nous à lire dans moins de deux ans la réplique des correspondants du Qatar qui décriront la ville olympique: Paris, crapoteuse, envahi par les surmulots d’Hidalgo, que ni les supporters avinés, ni les feux de poubelles n’arrivent à chasser; Paris, aux quais de Seine encombrés de misérables sous des abris de toiles et de cartons, délogés au jet d’eau dès potron-minet; Paris où des créatures d’un genre indéterminé vendent leur singularité sexuelle à l’abri des bosquets du Bois de Boulogne… Aux JO 2024, Al Jazeera va s’en donner à coeur joie. Faudra t-il demander à l’émir Tamim de museler  la chaine quadrilingue aux 26 millions de téléspectateurs ?


Combien de morts sur les chantiers ? 

Ces 20 dernières années 80 immeubles de grandes hauteurs ont été construits à Doha en des temps records et selon des normes internationales pas toujours respectées. Dans une ville où un gratte ciel sort de terre chaque mois et dont la plupart appartiennent à la famille régnante, le Code du travail de 23 pages est allègrement transgressé. Le Manhattan du désert est cruel. En été, lorsque souffle un vent brulant, l’ingénieur européen ne tient pas plus d’une heure sur le plateau bétonné d’une tour de 42 étages (j’y étais). L’ouvrier pakistanais bengali, yéménite, indien…est un surhomme qui parvient à résister 10 heures par jour, six jours la semaine. C’est un miracle ! Très vite épuisé, amaigri, recroquevillé par des douleurs rénales, il est remplacé par un autre. Un quota de retour est prévu dans le contrat du prestataire d’esclaves. L’homme est kleenex. Tardivement et très sélectivement, les bonnes consciences se réveillent et découvrent l’existence de ce commerce ignominieux, conséquence d’un sytème sans foi ni loi « qui transforme l'homme en un loup pour l’homme… »  disait Charles de Gaulle.


Ni responsable ni coupable 

La plus emblématique des tours de Doha se dresse comme un formidable doigt d’honneur. Elle est signé Jean Nouvel, gloire de l’architecture française depuis mai 68; elle a été construite par des « ouvriers » chinois. Avant le Mondial, à aucun moment, les maitres d’oeuvres de l’excellence et les entreprises réputées n’ont songé à exiger de leurs clients ou de leur sous-traitants l’engagement de ne jamais utiliser d’esclaves volontaires. Grace au foot, le Français géant Vinci - détenu à 74,6% par des capitaux étrangers…dont le Qatar - communique désormais sur sa vertueuse politique de « recrutements des travailleurs migrants sur les chantiers » Thanks to Prince Tamim, sacré roi de la FIFA, la condition ouvrière a évolué au Qatar, plaident des parlementaires et des syndicalistes européens corrompus dont une palanquée mérite la prison et qui aurait mieux fait de balayer devant  sa porte. En Europe, les travailleurs immigrés ne meurent pas tant sur les chantiers qu’en traversant la Méditerranée: 3 231 noyés en 2021 selon l’UNHCR. Le Qatar n’est pas champion du Monde de la catégorie.


Renaissance de l’oumma

Le tintamarre verbal de mots creux des donneurs de leçons fait écran à la révolution dans les esprits. Rabougri, replié sur lui-même, humilié par les échecs de son développement et la faillite de ses printemps, le monde arabo-musulman relève la tête. Doha est une fierté ressentie par toute l’opinion. Le Qatar a réuni les frères ennemis d’hier. Le Prince Salman d’Arabie s’est réconcilié avec Tamim; les Algériens embrassent les Marocains; mais surtout et partout dans les tribunes et dans les rue de Doha, les supporters brandissent le drapeau palestinien symbole de solidarité. 

Cependant qu’en Israël, les élections ont porté les judéo-fascistes au pouvoir. On redoute la  nomination d’un « raciste patenté » au « ministère de la police »…un homme « prompt à sortir son revolver pour inciter les forces de l’ordre à tirer sur les manifestants palestiniens » écrit Martine Gozlan dans Marianne. Pourtant, elle se trompe  d’analyse. Ce n’est pas le Qatar qui déborde de haine contre Israël, c’est le monde arabe qui se réconcilie, qui se rassemble, qui s’unifie, qui se débarrasse de ses complexes d’éternel vaincu pour rejoindre au Qatar avec le Maroc, l’équipe des vainqueurs.



https://hybel.blogspot.com/2011/11/le-qatar-un-confetti-puissant.html


https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/11/27/l-emir-du-qatar-recoit-de-vieux-amis-c-est-peut-etre-un-detail-pour-vous_6151843_4500055.html


https://theconversation.com/la-coupe-du-monde-une-simple-etape-de-lambitieux-plan-de-developpement-du-qatar-192794


https://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2022/6/62a36b14a/statistiques-hcr-traversees-mediterranee-revelent-nombre-croissant-morts.html


https://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/item/recrutement-travailleurs-migrants.htm


https://orientxxi.info/magazine/coupe-du-monde-de-football-un-moment-palestinien,6076


https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/au-qatar-la-coupe-deborde-de-haine-pour-israel


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