Ce n’est pas une révolution de fleurs. Ni rose ni jasmin. C’est une révolution de sang et de pleurs, d’amour et de haine. Celle des hommes aux mains nues. Elle bouleverse chaque tunisien car immanquablement et de façon plus ou moins tragique l'histoire de sa famille a croisé celle du tyran.
A Rambouillet, dans un petit pavillon en meulière, le téléphone n’arrête pas de sonner… Le vieil homme aux yeux pétillants décroche : « merci, merci, mais je suis devenu sourd, mon épouse va vous répondre et me dira qui vous êtes » s’excuse t-il.
Hier, par l’audace inouïe d’un obscur serviteur du palais, il a été parmi les premiers informés de la chute de Carthage. Depuis, de partout, on le congratule d’avoir vécu si vieux pour voir à la télé pareille journée de délivrance. Il attendait patiemment ce moment depuis ce 4 novembre 1987 où le dictateur en herbe lui avait donné le choix entre trahir Bourguiba ou aller en prison. Il y alla et pire encore.
A présent il rayonne, il jubile « Le peuple tunisien est grand, sa jeunesse merveilleuse, elle est digne de Chebbi…idha charbou yawman arad el hayet… » (Lorsqu’un peuple veut la vie, force est aux ténèbres de se dissiper et aux chaines de se rompre.) Ce quatrain du célèbre poète tunisien avait été ajouté par Bourguiba à l’hymne national. Les enfants d’aujourd’hui le chantent dans la rue.
Pas seulement en Tunisie d’ailleurs. De Sanaa à Nouakchott la rue arabe voit rouge et blanc, elle bruisse du chant de Chebbi en se demandant si le prochain craquement d’allumette fera tomber le ciel ou renaître son pays.
dimanche 16 janvier 2011
vendredi 7 janvier 2011
La révolte de la dignité en Tunisie
« Nous mourons, nous mourons pour que vive la Nation »
L’hymne des enfants de Bourguiba résonne dans toutes les consciences tunisiennes. Les fils de Sidi Bouzid désormais Sidi Bouazizi, ceux de Sidi Bou Chhak à Djebiniana, leurs frères de Thala, de la Chebba…s’immolent, se pendent, s’électrocutent. Tout un peuple gagné par une épidémie de résistance suicidaire.
L’histoire de l’humanité ne relève aucun exemple d’hommes et de femmes ayant fait le choix de voter avec leur vie. Ces êtres admirables retournent contre leur cœur la haine qui les ronge. Ils ont compris que toute riposte au policier qui les gifle serait injuste car elle atteindrait un faible, une victime comme eux des « circonstances ». Ils ont compris que la lutte armée serait fratricide, que l’explosion de la ceinture ou de la bombonne sèmerait le deuil dans la famille des innocents. Alors ils se détruisent laissant un message d’impuissance et de dignité. Ont-ils laissé un mot à leurs enfants ? « Chers petits, je pars car après avoir tout tenté, je n’ai pas réussi à vous assurer le pain que je vous dois. Dieu qui me pardonne y pourvoira ».
Une femme escalade un pylône à haute tension avec ses enfants, elle hurle son désespoir. Elle est entendu par le gouverneur qui ordonne de plonger la ville dans le noir, interdit la vente de cordes, d’allumettes et de tout autre objet subversif.
« N’amoutou n’amoutou wa yahhia l’watan ! »
Continue de scander le peuple d’Abou Kassem Chebbi.
A Paris Stephane Hessel a lancé un appel « indignez-vous ». Les tunisiens ont entendu le message qui ne leur était pas destiné. Ils ont inventé la Révolte de la Dignité.
L’hymne des enfants de Bourguiba résonne dans toutes les consciences tunisiennes. Les fils de Sidi Bouzid désormais Sidi Bouazizi, ceux de Sidi Bou Chhak à Djebiniana, leurs frères de Thala, de la Chebba…s’immolent, se pendent, s’électrocutent. Tout un peuple gagné par une épidémie de résistance suicidaire.
L’histoire de l’humanité ne relève aucun exemple d’hommes et de femmes ayant fait le choix de voter avec leur vie. Ces êtres admirables retournent contre leur cœur la haine qui les ronge. Ils ont compris que toute riposte au policier qui les gifle serait injuste car elle atteindrait un faible, une victime comme eux des « circonstances ». Ils ont compris que la lutte armée serait fratricide, que l’explosion de la ceinture ou de la bombonne sèmerait le deuil dans la famille des innocents. Alors ils se détruisent laissant un message d’impuissance et de dignité. Ont-ils laissé un mot à leurs enfants ? « Chers petits, je pars car après avoir tout tenté, je n’ai pas réussi à vous assurer le pain que je vous dois. Dieu qui me pardonne y pourvoira ».
Une femme escalade un pylône à haute tension avec ses enfants, elle hurle son désespoir. Elle est entendu par le gouverneur qui ordonne de plonger la ville dans le noir, interdit la vente de cordes, d’allumettes et de tout autre objet subversif.
« N’amoutou n’amoutou wa yahhia l’watan ! »
Continue de scander le peuple d’Abou Kassem Chebbi.
A Paris Stephane Hessel a lancé un appel « indignez-vous ». Les tunisiens ont entendu le message qui ne leur était pas destiné. Ils ont inventé la Révolte de la Dignité.
samedi 18 décembre 2010
Le 980
Il y a trois ans les marchands d’armes britanniques se prenaient les pieds dans le tapis de la corruption pour la vente d’avions de chasse à l’Arabie. Le Serious Fraud Office avait relevé des irrégularités dans le bien nommé contrat Al Yamamah (le pigeon, en arabe).
À un journaliste qui l’interrogeait sur des mouvements de fonds suspects, le Prince Bandar, alors ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington, répondit : « so what ? » (en français « et puis après ? » en arabe « wallaw ? »).
De droit divin, l’Arabie est aux Saoud comme la Gaule fut aux Carolingiens et la France aux Bourbons. C’est un royaume. L’Etat c’est le roi. Le patrimoine du monarque se confond avec celui de l’Etat ; et inversement si le roi le veut.
Le père de Bandar est prince héritier, premier ministre et ministre de la défense. Son oncle, le demi-frère de son père est roi. Bandar n’a volé personne et n’a de compte à rendre qu’à Allah et Abdallah roi.
La suspicion des journalistes était absurde. Pourquoi Bandar aurait-il exigé un bakchich d’un fournisseur alors qu’il lui suffisait de puiser dans la cassette familiale pour satisfaire ses besoins les plus extravagants ? Peut-on imaginer que le roi se serait montré tant pingre sur la rente civile de son ambassadeur au point de le réduire à solliciter un side-job chez BAE pour arrondir ses fins de mois de dix millions de dollars ? Ceci pendant dix ans !
Mais à quoi aurait bien pu lui servir cette montagne d’argent ? À payer ses Cohiba ?
Abracadabrantesque !
La presse anglo-saxonne avait pourtant échafaudé cette invraisemblable invraisemblance et bien d’autres … Ainsi, l’indéfectible amitié entre les Bush et le Prince était notoire, mais de là à subodorer que l’altesse royale aurait financé les néo conservateurs américains avec de l’argent blanchi par British Aerospace ! Sournoisement et en langue anglaise les « dogs » du Guardian étaient sur le point d’écrire entre les lignes des choses bien plus abominables encore ! Le scandale du pigeon Al Yamamah allait compromettre le plus juteux marché de tous les temps.
Furieux les Saoudiens menaçaient de changer de fournisseurs. A Paris on se frottait les mains. Le Rafale était prêt à décoller. Mais à Londres, contre toute jurisprudence, le Premier Ministre Tony Blair siffla la fin de la récréation. Un décret interdit au Serious Fraud Office de poursuivre son enquête. La presse s’en indigna. So what ? La vérité en profita pour se défiler. No commissions, no rétro commissions. De son coté, le Prince saoudien ignominieusement mis en cause se fendit d’un communiqué bien senti : « Les allégations du Guardian incarnent l’apogée du mensonge et de la calomnie… Il est insensé qu’un être humain puisse croire que des virements, effectués conformément aux règlements des banques américaines et britanniques, puissent être gardés secrets à l’insu des gouvernements concernés ou des parties autorisées.»
Aujourd’hui, dans la France du commerce extérieur devenue arrogante et donneuse de leçon, chaque jour apporte son lot de surprises. Ce serait une erreur de manœuvre entre sous marins et frégates furtives qui aurait endeuillé onze familles. Des « spécialistes » nous expliquent comment de hauts responsables ont violé les lois pour vendre des armes à perte et enrichir leurs voyous de copains. Tout le monde se met à parler. Le PDG déchu, le directeur déçu, le DG âgé, le garde du corps reconverti, la standardiste émancipée, le majordome philippin, l’hôtesse en l’air, les ministres anciens, la maîtresse trompée, les voisins de pallier…La presse enquête, la justice vérifie. Ceux qui savent mentent ou se taisent, ceux qui ignorent échafaudent et supputent. La communauté de connivence est à l’épreuve. Le réseau KK se débine, la bande P4 guette le lampiste en fredonnant l’air de Guy Béart « le premier qui dit… la vérité… sera exécuté ».
A Riyad, le gouvernement a ouvert un numéro de téléphone gratuit pour recevoir les dénonciations de pot-de-limonade. Dans l'hexagone, les corbeaux français sont invités à composer le 980 précédé du code pays, ils sont assurés que l’on fera la rétro commission à Paris.
À un journaliste qui l’interrogeait sur des mouvements de fonds suspects, le Prince Bandar, alors ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington, répondit : « so what ? » (en français « et puis après ? » en arabe « wallaw ? »).
De droit divin, l’Arabie est aux Saoud comme la Gaule fut aux Carolingiens et la France aux Bourbons. C’est un royaume. L’Etat c’est le roi. Le patrimoine du monarque se confond avec celui de l’Etat ; et inversement si le roi le veut.
Le père de Bandar est prince héritier, premier ministre et ministre de la défense. Son oncle, le demi-frère de son père est roi. Bandar n’a volé personne et n’a de compte à rendre qu’à Allah et Abdallah roi.
La suspicion des journalistes était absurde. Pourquoi Bandar aurait-il exigé un bakchich d’un fournisseur alors qu’il lui suffisait de puiser dans la cassette familiale pour satisfaire ses besoins les plus extravagants ? Peut-on imaginer que le roi se serait montré tant pingre sur la rente civile de son ambassadeur au point de le réduire à solliciter un side-job chez BAE pour arrondir ses fins de mois de dix millions de dollars ? Ceci pendant dix ans !
Mais à quoi aurait bien pu lui servir cette montagne d’argent ? À payer ses Cohiba ?
Abracadabrantesque !
La presse anglo-saxonne avait pourtant échafaudé cette invraisemblable invraisemblance et bien d’autres … Ainsi, l’indéfectible amitié entre les Bush et le Prince était notoire, mais de là à subodorer que l’altesse royale aurait financé les néo conservateurs américains avec de l’argent blanchi par British Aerospace ! Sournoisement et en langue anglaise les « dogs » du Guardian étaient sur le point d’écrire entre les lignes des choses bien plus abominables encore ! Le scandale du pigeon Al Yamamah allait compromettre le plus juteux marché de tous les temps.
Furieux les Saoudiens menaçaient de changer de fournisseurs. A Paris on se frottait les mains. Le Rafale était prêt à décoller. Mais à Londres, contre toute jurisprudence, le Premier Ministre Tony Blair siffla la fin de la récréation. Un décret interdit au Serious Fraud Office de poursuivre son enquête. La presse s’en indigna. So what ? La vérité en profita pour se défiler. No commissions, no rétro commissions. De son coté, le Prince saoudien ignominieusement mis en cause se fendit d’un communiqué bien senti : « Les allégations du Guardian incarnent l’apogée du mensonge et de la calomnie… Il est insensé qu’un être humain puisse croire que des virements, effectués conformément aux règlements des banques américaines et britanniques, puissent être gardés secrets à l’insu des gouvernements concernés ou des parties autorisées.»
Aujourd’hui, dans la France du commerce extérieur devenue arrogante et donneuse de leçon, chaque jour apporte son lot de surprises. Ce serait une erreur de manœuvre entre sous marins et frégates furtives qui aurait endeuillé onze familles. Des « spécialistes » nous expliquent comment de hauts responsables ont violé les lois pour vendre des armes à perte et enrichir leurs voyous de copains. Tout le monde se met à parler. Le PDG déchu, le directeur déçu, le DG âgé, le garde du corps reconverti, la standardiste émancipée, le majordome philippin, l’hôtesse en l’air, les ministres anciens, la maîtresse trompée, les voisins de pallier…La presse enquête, la justice vérifie. Ceux qui savent mentent ou se taisent, ceux qui ignorent échafaudent et supputent. La communauté de connivence est à l’épreuve. Le réseau KK se débine, la bande P4 guette le lampiste en fredonnant l’air de Guy Béart « le premier qui dit… la vérité… sera exécuté ».
A Riyad, le gouvernement a ouvert un numéro de téléphone gratuit pour recevoir les dénonciations de pot-de-limonade. Dans l'hexagone, les corbeaux français sont invités à composer le 980 précédé du code pays, ils sont assurés que l’on fera la rétro commission à Paris.
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