dimanche 9 juin 2013

Tunisie: libérez la liberté



Sous un léger corsage
Qui fait des plis,
Deux petits seins bien sages,
Comme c’est joli !

La fredaine de Montand ne me quitte pas.

Je pense au tableau d’Eugène Delacroix que des centaines de millions de badauds ont admiré au Louvre. Toile de dimension et de portée gigantesques. Elle représente une fille au téton dénudé, étendard levé, à l’assaut d’une barricade: allégorie de l’héroïne des « trois glorieuses » journées de la Révolution de 1830.
C’est « La Liberté guidant le peuple ». 
Je me souviens de l’image de cette insupportable liberté gravée sur les billets de cent francs français dont  les wahhabites d’Arabie d’un trait de feutre noir cachaient le sein qu’ils ne sauraient voir.

Je songe à la bédouine entrevue par Monsieur de Maupassant en 1885 sur la route de Kairouan : habillée de bleue, montrant la chair ferme et bronzée de ses jambes…  marchant d’un pas tranquille, balançant doucement la taille souple sur ses  hanches, tenta les anges du ciel comme elle nous tente encore, nous qui ne sommes point des anges

J’ai le souvenir des bourgeoises tunisoises de mon enfance vêtue de la fouta et blouza révélant les plis du ventre et un nombril incongru.
Et des filles légères imitant  Zohra Lambouba ; celle qui enflammait les nuits de ramadan à Bab Souika par une danse du ventre lumineusement mise en valeur par deux ampoules rouges tressautant au bout de ses nichons.

Amina la Tunisienne arbore son torse sur Facebook car  elle le proclame, ce corps lui appartient. Son père, son frère et le juge la séquestrent. L’état lui confisque ses papiers. Elle est folle, elle est paria. Elle s’enfuit. Puis, entendant la voix du peuple, elle part bouter les salafistes hors de Kairouan. La police et l’injustice la rattrapent alors qu’elle tague deux syllabes sur un muret blanc. Au trou ! Trois complices accourues en solidarité depuis l’étranger sont prestement soutien-gorgées et enfermées.
Pendant ce temps, sur les plages des très chics hôtels de Raouad, de Hammamet et de Djerba, dans les clubs Med et les villages de vacances, la police veillent sur la tranquillité des dénudés de tout poil qui ne sont pas encore accusés d’association de malfaiteurs de la pudeur.

Mais Amina n’est pas une touriste.
Amina n’est pas Zohra Lambouba.
Amina n’est pas la vulgarité, elle est la liberté.
En Tunisie la vulgarité est libre, la liberté est en prison.
Libérez la liberté !

1 commentaire:

Annabelle Vergne a dit…

Très beau post, concis, et ça dit tout ce qui pèse sur le pays.