samedi 11 janvier 2014

Tunisienne citoyenne, Saoudienne moujahidiya



Bouleversante nouvelle de Tunisie : citoyens et citoyennes sont égaux en droit sans discrimination. C'est gravé dans la constitution.
C'est enfin la Révolution !

                 
Cette victoire magnifique n'est pas celle des séculiers sur les religieux, c'est celle de toutes les musulmanes tunisiennes, c'est l'aboutissement du long combat opiniâtre de grand-mères, mères, sœurs, épousées et filles.


Lorsque la Tunisie obtient son indépendance au milieu du siècle dernier, la femme est encore esclave : achetée, vendue, répudiée, enfermée, martyrisée...
Le bien mal nommé Protectorat français n'a jamais protégé les « Fatma ». Les rares féministes parisiennes qui s'aventurèrent dans cette partie de l'Union Française ont rapporté des témoignages ahurissants comme celui des pensionnats où étaient enfermées les épouses sur simple injonction du mari. La Régence s'en accommodait.
Les vieux se souviennent de scènes de la vie quotidienne : lorsqu'un homme s'annonçait en frappant au heurtoir de la porte familiale, Lella tapait dans ses mains pour signaler sa présence dans la maison, « je viens voir notre Sidi ! » criait le visiteur « clap-clap... » répondait Lella pour signifier l'absence du maître. Et l'homme s'éloignait.
Si Tahar, médecin de famille, diplômé de Toulouse racontait en s'esclaffant que son épouse, dans un moment d'égarement, avait un jour proclamé sa folle intention de sortir sans son safsari (voile). Dans ce cas répliqua le docteur, « c'est moi qui le porterais pour cacher ma honte ! » On en resta la.

Dés 1956 Bourguiba entreprend son oeuvre colossale d'émancipation. Plus de trente années de politique des petits pas avec obstination et constance. A Monastir, sur son tombeau, il fit graver cet épitaphe : «  Çi-git Bourguiba, libérateur de la femme tunisienne ». Les historiens diront la part de gloire qui lui revient et celle des innombrables oubliées dont l'équité voudrait que leurs noms soient gravés au « Panthéon des Grandes Femmes ». Car même si le pouvoir de Carthage, marqué par le mythe de Didon a toujours été sous l'influence des mères, épouses et concubines, il s'est levé au fil des ans un souffle de liberté chez les Tunisiennes que rien ne pourra retenir car il est porté par des militantes que le peuple unanime des femmes défend becs et ongles.

Cette victoire – il faut être équitable -, est aussi celle des 155 hommes qui composent l'Assemblée Nationale Constituante car ils se sont en masse ralliés à la cause de leurs 62 collègues femmes.
Ce vote doit aussi être salué comme la première étape d'une révolution inespérée de la doctrine islamiste du parti Ennahdha qui apparaît désormais comme l'admirable parangon des partis musulmans du monde car ses 90 députés ont largement voté l'égalité. Cela n'est pas rien.

Dans la plupart des capitales arabes qui sont gouvernées par d'innommables misogynes l'événement a été censuré. Au Vatican musulman, le séisme a fait frémir d'horreur les docteurs de la foi intégriste qui redoutent toutes formes de déviance satanique. A Riyad, il est commenté avec frayeur car l'union de raison entre des femmes démocrates et les islamistes républicaines en Tunisie coïncide avec l'émergence du mouvement des moujahidiya dans la péninsule.

Jusqu'à l'invasion de l'Irak le jihad était exclusivement masculin. Le rôle des femmes se limitait aux taches de soutiens subalternes : cuisine, lessive, sexe. Puis Zerkaoui a appelé les sœurs à s'inscrire au martyrologe musulman des kamikazes. Ceci a engendré une abondante polémique de fatwa et de contre fatwa pour dire si la femelle avait droit au port d'armes. Les rigoristes prétendaient que la guerre Sainte ne pouvait être conduite par des créatures supplétives dénuées d'âmes, les modernistes admettaient que le jihad au féminin n'était pas un devoir sacré mais une faculté discrétionnaire... Les sœurs se sont engouffrées dans la brèche.
Selon le quotidien Asharq Al-Awsat, Nada Ma'id Al-Qahtani « Soeur Julaybib » dont la gloire est magnifiée sur les réseaux sociaux de la péninsule arabe, commanderait aux côtés de son frère une unité de combattants en Syrie. Une autre Saoudienne, Haylah Al-Qassir, « Lady Al Qaïda » ne serait pas une simple aide ménagère mais une dirigeante de haut rang de la nébuleuse internationale.

Al Qaïda au féminin, c'est aussi la Révolution ! 

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